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Santé & Bien-être

Le rôle des langues locales dans la communication en santé

Les messages de santé en français ou en anglais laissent de côté des millions de personnes. Pourquoi les langues locales comme le fon, le yoruba et le haoussa sauvent des vies, avec les leçons d'Ebola, de la COVID-19 et de la radio.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 12 minutes

Une affiche au mur du centre de santé proclame, en français soutenu : « Prévention du paludisme : utilisez systématiquement une moustiquaire imprégnée d'insecticide à longue durée d'action. »

Une grand-mère la lit lentement, comprend quelques mots, hausse les épaules et passe son chemin.

La même semaine, un animateur de radio locale explique en fon, avec une blague et une petite histoire, qu'un moustique « perd son travail » parce que toute la famille dort sous moustiquaire. La grand-mère rit, s'en souvient et, le soir même, veille à ce que ses petits-enfants dorment sous la moustiquaire.

La même information. Une langue différente. Un résultat différent.

Pourquoi les langues locales comptent-elles autant dans la communication en santé — et comment faire parvenir les messages de santé aux gens dans les langues qu'ils vivent au quotidien ?

La richesse linguistique de l'Afrique

L'Afrique est le continent le plus riche en diversité linguistique. Selon les estimations, plus de 2 000 langues y sont parlées — près d'un tiers des langues du monde. Le Bénin compte à lui seul une cinquantaine de langues, dont le fon, le yoruba, l'adja, le bariba, le dendi, le goun, le mina et d'autres, tandis que le français est la langue officielle.

Beaucoup de gens parlent plusieurs langues — mais souvent, la langue dans laquelle ils comprennent le mieux les sujets complexes ou chargés d'émotion (comme la santé, la maladie et la mort) est leur langue maternelle.

Nombre approximatif de langues vivantes par continent

Données : Asie ~2 300 · Afrique ~2 100 et plus · Pacifique ~1 300 · Amériques ~1 000 · Europe ~290

Pourquoi la langue compte en santé

L'information de santé est souvent complexe : comment une maladie se transmet, comment prendre un médicament, quels symptômes sont dangereux, à quoi sert un vaccin. Un malentendu peut être mortel.

Les recherches sur les barrières linguistiques dans les soins, menées principalement dans des pays à revenu élevé accueillant des populations migrantes, montrent que les patients qui ne partagent pas la langue des soignants sont plus susceptibles de mal comprendre leur diagnostic, de mal utiliser leurs médicaments et d'avoir de moins bons résultats de santé. L'interprétariat professionnel améliore la compréhension et les soins.

En Afrique, où soignants et patients peuvent parler des langues différentes — ou où les messages de santé ne sont diffusés que dans les langues officielles —, les mêmes risques existent à une échelle bien plus grande.

L'UNESCO estime qu'environ 40 % de la population mondiale n'a pas accès à un enseignement dans une langue qu'elle parle ou comprend. Le même fossé existe souvent pour l'information de santé.

Pause humour : une infirmière a dit à un patient, en français, de prendre un médicament « à jeun ». Il a compris « à genoux ». Pendant trois jours, il s'est agenouillé respectueusement à chaque prise de comprimé. Le médicament a fonctionné. Ses genoux, beaucoup moins.

Les leçons d'Ebola

Pendant l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest, beaucoup des premiers messages de santé étaient en anglais ou en français, utilisaient des termes médicaux et misaient sur la peur (« Ebola tue »). Les communautés, souvent, ne leur faisaient pas confiance ou ne les comprenaient pas.

Les équipes de santé en ont tiré des leçons importantes :

  • Les messages en langues locales étaient mieux compris.
  • Les mots comptent : certaines traductions laissaient entendre par inadvertance qu'Ebola était incurable, et donc qu'il était inutile de se faire soigner — ce qui décourageait les gens de se rendre dans les centres de traitement.
  • Travailler avec les responsables locaux, les animateurs de radio et les membres de la communauté pour élaborer les messages a renforcé la confiance.
  • Écouter les questions et les peurs des communautés était aussi important que diffuser des informations.

Des organisations comme Traducteurs sans frontières (devenue CLEAR Global) ont travaillé à traduire et à tester des messages de santé en langues locales pendant Ebola puis lors d'épidémies ultérieures, dont la COVID-19.

Les leçons de la COVID-19

Pendant la COVID-19, de nombreux gouvernements et organisations africains ont produit des messages dans plusieurs langues nationales — à la radio, à la télévision, sous forme de chansons, de dessins animés, de notes vocales WhatsApp et au mégaphone sur les marchés.

Parmi les exemples créatifs :

  • Des chansons de musiciens populaires en langues locales sur le lavage des mains et le port du masque.
  • Des émissions de radio communautaire avec appels d'auditeurs en langues locales.
  • Des notes vocales partagées sur WhatsApp par des soignants de confiance.

Ces efforts ont montré que la communication en langues locales peut être rapide, peu coûteuse et efficace — surtout lorsqu'elle s'appuie sur des messagers de confiance.

« Si vous parlez à un homme dans une langue qu'il comprend, vous parlez à sa tête. Si vous lui parlez dans sa langue, vous parlez à son cœur. » — Nelson Mandela (largement cité)

Au-delà de la traduction : le sens culturel

Une bonne communication en santé n'est pas une traduction mot à mot. C'est une affaire de sens. Quelques difficultés :

  • L'absence de mot équivalent : beaucoup de langues n'ont pas de mot pour « virus », « bactérie » ou « vaccin ». Les traducteurs doivent trouver des explications claires ou créer de nouveaux termes avec les communautés.
  • Des croyances différentes : la maladie peut être comprise à travers des explications spirituelles, sociales ou traditionnelles. Les messages doivent les respecter tout en expliquant le point de vue médical.
  • Les sujets tabous : la santé sexuelle et reproductive, la santé mentale et la mort peuvent exiger une formulation prudente et respectueuse.
  • Le ton : formel ou amical, sérieux ou humoristique — cela dépend de la culture et du sujet.

C'est pourquoi les messages doivent être testés auprès de membres de la communauté avant d'être largement diffusés.

Comment créer un message de santé dans une langue locale

Note : Processus de bonnes pratiques fondé sur les thèmes des orientations de CLEAR Global et de l'OMS.

Les canaux qui fonctionnent

La radio reste l'un des médias les plus utilisés en Afrique, en particulier en zone rurale. Les radios communautaires émettent en langues locales et ont souvent un public fidèle.

  • La radio communautaire

Les notes vocales WhatsApp conviennent aux personnes qui lisent difficilement et circulent vite dans les réseaux.

  • Les notes vocales et l'audio

La musique, le théâtre et le récit rendent les messages mémorables. Beaucoup de campagnes de santé africaines ont fait appel à des musiciens populaires.

  • Les chansons et le théâtre

Ils parlent les langues locales et inspirent confiance. Voir Comment les agents de santé communautaires atteignent les familles.

  • Les agents de santé communautaires

Les messages transmis en langues locales dans les églises, les mosquées et les rassemblements traditionnels touchent beaucoup de monde.

  • Les responsables religieux et traditionnels

Des images claires aident, quels que soient la langue et le niveau d'alphabétisation.

  • Les images et les pictogrammes

Le rôle de la technologie

La technologie peut aider — ou nuire — à la communication en santé en langues locales :

  • Les outils de traduction automatique sont souvent peu performants pour de nombreuses langues africaines et peuvent produire des erreurs dangereuses dans les contenus de santé. Vérifiez toujours auprès de locuteurs natifs.
  • Des projets d'IA en langues africaines (comme Masakhane et Lelapa AI) s'efforcent d'améliorer la situation. Voir Comment l'IA transforme l'Afrique.
  • Les systèmes vocaux (lignes d'information à serveur vocal interactif) peuvent diffuser des informations de santé en langues locales sur des téléphones basiques. Voir Comment concevoir une technologie utile en contexte de faible connectivité.

Au centre de santé : la langue entre patient et soignant

Dans les établissements de santé :

  • Les soignants devraient demander aux patients quelle langue ils préfèrent.
  • Dans la mesure du possible, faire appel à des interprètes formés plutôt qu'à des enfants ou à des passants (pour l'exactitude et la confidentialité).
  • Utiliser la reformulation (teach-back) : demander aux patients d'expliquer les instructions avec leurs propres mots. Voir Petit guide pour poser de meilleures questions au centre de santé.
  • Fournir des instructions écrites accompagnées d'images.

Former les soignants aux langues locales et à la communication interculturelle améliore les soins.

Ce que les organisations de santé peuvent faire

  • Prévoir un budget pour la traduction et les tests dans chaque campagne de santé.
  • Recruter des communicants qui parlent les langues locales.
  • S'associer aux radios communautaires, aux musiciens, aux artistes et aux responsables locaux.
  • Élaborer, avec les communautés, des glossaires de termes de santé dans les langues nationales.
  • Écouter : mettre en place des lignes d'assistance et des émissions avec appels d'auditeurs pour entendre les questions des gens.
  • Partager les supports librement pour que d'autres puissent les réutiliser.

Ce que vous pouvez faire

Un exemple illustratif : la chanson contre le paludisme

Dans le cadre d'un projet fictif dans le sud du Bénin, une ONG de santé a travaillé avec un chanteur local pour créer une courte chanson en fon sur les moustiquaires. Les paroles ont été testées auprès de mères dans un centre de santé, qui ont suggéré de changer un mot ressemblant à une plaisanterie sur un voisin. La chanson finale a été diffusée à la radio communautaire, partagée sur WhatsApp et chantée par les enfants à l'école.

Quelques mois plus tard, les agents de santé ont remarqué que les enfants chantaient le refrain quand leurs mères accrochaient les moustiquaires. La chanson n'avait rien de magique — ce sont les moustiquaires et les médicaments qui faisaient le travail médical —, mais elle a aidé le message à rester en mémoire.

Un défi de glossaire pour les écoles et les clubs

Voici une activité pratique : demandez aux élèves de créer un petit glossaire de santé dans leurs langues locales. Choisissez dix mots — fièvre, toux, vaccin, moustique, eau potable, lavage des mains, médicament, infirmier, grossesse, repos — et demandez aux élèves de découvrir comment les aînés, les agents de santé et les familles les disent.

Certains mots auront une traduction directe. D'autres nécessiteront une courte explication. Les élèves découvriront comment la langue et la culture façonnent la manière dont les gens pensent la santé. Le glossaire peut être imprimé, remis à un centre de santé local ou enregistré en audio. C'est à la fois une leçon de sciences, une leçon de langue et un service rendu à la communauté.

Voir Comment les enseignants font entrer les vrais problèmes dans leurs cours pour d'autres idées de ce type.

La santé parle de nombreuses langues

Une information de santé n'est pas vraiment « disponible » si les gens ne peuvent pas la comprendre. Sur un continent de plus de 2 000 langues, communiquer dans les langues locales n'est pas un luxe. C'est un élément fondamental de bons soins de santé.

Quand la santé parle la langue des gens, les gens écoutent — et vivent mieux.

Poursuivez votre lecture : Qu'est-ce qui rend une information de santé digne de confiance ?, Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information, et notre rubrique Santé & Bien-être.

Questions fréquentes

Pourquoi les langues locales sont-elles importantes dans la communication en santé ?

Les gens comprennent mieux l'information de santé et lui font davantage confiance lorsqu'elle est dans la langue qu'ils maîtrisent le mieux, en particulier pour les sujets complexes ou sensibles.

Combien de langues sont parlées en Afrique ?

Plus de 2 000 — environ un tiers des langues du monde. Le Bénin compte à lui seul une cinquantaine de langues nationales.

Peut-on utiliser la traduction automatique pour les messages de santé en langues africaines ?

Elle peut aider, mais elle commet souvent des erreurs dans de nombreuses langues africaines ; les messages de santé doivent donc toujours être vérifiés par des locuteurs natifs et testés auprès des communautés.