Comment lire une affirmation sur la santé partagée en ligne
« Cette feuille guérit le diabète ! » Avant de partager, utilisez la méthode SIFT et 8 vérifications simples pour repérer les fausses affirmations sur la santé sur WhatsApp, TikTok et Facebook.
« LES MÉDECINS DÉTESTENT ÇA ! Faites bouillir trois feuilles de moringa avec de l'ail et buvez chaque matin — diabète GUÉRI en 7 jours !!! Partagez avant qu'ils ne le suppriment ! »
Vous avez sans doute déjà vu des messages de ce genre. Ils arrivent dans les groupes WhatsApp familiaux, sur Facebook, dans des vidéos TikTok, parfois transférés par des personnes que vous aimez et respectez. Certains sont inoffensifs. D'autres sont dangereux — par exemple quand des gens arrêtent un traitement prescrit parce qu'ils croient à un « remède miracle ».
Les affirmations sur la santé en ligne peuvent être trompeuses. Certaines contiennent un grain de vérité, enrobé d'exagération. D'autres sont totalement inventées. D'autres encore sont vraies mais mal comprises.
Comment lire une affirmation sur la santé partagée en ligne et décider s'il faut la croire, la remettre en question ou l'ignorer ?
Note : cet article vous aide à évaluer des informations. Il ne constitue pas un avis médical. Parlez toujours de votre santé à un professionnel de santé qualifié.
Pourquoi les affirmations sur la santé se propagent si facilement
Les rumeurs sur la santé se propagent vite parce qu'elles :
- Donnent de l'espoir (surtout pour les maladies chroniques ou effrayantes).
- Promettent des solutions simples et bon marché.
- Utilisent un langage émotionnel (peur, colère, urgence).
- Désignent des ennemis puissants (« Big Pharma », « le gouvernement », « les médecins »).
- Viennent de personnes à qui l'on fait confiance.
- Nous demandent de partager « pour protéger les autres ».
Une étude du MIT publiée en 2018 dans Science a montré que les fausses informations se propageaient plus loin et plus vite que les vraies sur Twitter, en partie parce qu'elles étaient plus inédites et plus chargées d'émotion. Voir Qu'est-ce qui rend une information de santé digne de confiance ?.
La méthode SIFT : quatre gestes
Mike Caulfield, spécialiste de la littératie numérique, a créé une méthode simple appelée SIFT pour vérifier rapidement une information :
S — Stop (s'arrêter) Avant de partager ou de croire, faites une pause. Demandez-vous : Est-ce que je connais cette source ? Qu'est-ce que ce message me fait ressentir ? Des émotions fortes sont un signal d'alerte.
I — Investigate the source (enquêter sur la source) Qui est derrière ce message ? Un médecin ? Un ministère de la Santé ? Une entreprise qui vend des produits ? Un compte anonyme ? Recherchez son nom.
F — Find better coverage (trouver de meilleures sources) Cherchez la même affirmation auprès de sources fiables : OMS, votre ministère de la Santé, grands hôpitaux, médias réputés, vérificateurs de faits comme Africa Check. Si aucune source fiable n'en parle, méfiez-vous.
T — Trace claims to the original (remonter à l'origine) D'où vient l'affirmation ? Existe-t-il une vraie étude ? L'étude dit-elle ce que prétend le message ?
Pause humour : si un message dit « Les médecins ne veulent pas que vous sachiez ça », demandez-vous : quels médecins ? Tous ? Ils ont tenu une réunion ? Il y avait à manger ? La plupart des médecins n'arrivent même pas à se mettre d'accord sur l'endroit où aller déjeuner.
Huit signaux d'alerte dans les affirmations sur la santé
Les vrais traitements agissent généralement sur des maladies précises, avec des limites.
- « Remède miracle » ou « guérit tout »
Tous les médicaments efficaces peuvent avoir des effets secondaires. Les sources honnêtes les mentionnent.
- « Garanti à 100 % » ou « sans effets secondaires »
La pression à partager vite est conçue pour vous empêcher de réfléchir.
- L'urgence : « Partagez avant qu'ils ne le suppriment ! »
« Un médecin d'un grand hôpital a dit… » Quel médecin ? Quel hôpital ?
- Aucune source nommée
« Ils cachent la vérité. » La vraie science est publiée et débattue ouvertement.
- Le langage complotiste
Si le message se termine par un numéro de téléphone pour acheter un produit, soyez très prudent.
- Une vente à la clé
« Ma tante en a bu et elle a été guérie. » Une histoire n'est pas une preuve. Bien des raisons peuvent expliquer pourquoi quelqu'un s'est senti mieux.
- Des témoignages au lieu de preuves
Un vrai article de 2015 peut être partagé comme s'il était récent, ou une étude sur des souris peut être présentée comme une preuve valable pour les humains.
- Une information ancienne ou sortie de son contexte
Comprendre les « études »
Beaucoup d'affirmations commencent par « Des études montrent… ». Mais toutes les études ne se valent pas :
- Les études en éprouvette ou sur l'animal : recherche préliminaire ; les résultats ne s'appliquent souvent pas à l'humain.
- Les petites études sur l'humain : intéressantes, mais elles peuvent se tromper par hasard.
- Les grands essais bien conçus : des preuves plus solides.
- Les revues systématiques : elles combinent de nombreuses études ; ce sont généralement les preuves les plus solides.
Demandez-vous aussi : Qui a financé l'étude ? A-t-elle été publiée dans une revue reconnue ? D'autres chercheurs en ont-ils confirmé les résultats ?
Exemple : un extrait de plante peut tuer un virus en éprouvette. Cela ne veut pas dire que boire cette plante guérira une maladie chez l'humain. L'eau de Javel aussi tue les virus en éprouvette — et nous ne devons surtout pas en boire.
Note : Pyramide des preuves simplifiée.
Les remèdes traditionnels : respect et questions
De nombreuses communautés africaines utilisent la médecine traditionnelle et les plantes, et certaines plantes contiennent effectivement des composés utiles. L'artémisinine, un médicament clé contre le paludisme, provient d'une plante (l'armoise annuelle) utilisée dans la médecine traditionnelle chinoise — et sa découverte a valu à Tu Youyou le prix Nobel en 2015.
Mais « naturel » ne veut pas automatiquement dire « sûr » ou « efficace ». Certains produits à base de plantes peuvent être nocifs, interagir avec des médicaments ou être contaminés.
Une approche respectueuse mais prudente :
- Demandez-vous : Cela a-t-il été testé chez l'humain ? Pour quelle maladie ?
- Informez votre soignant de tout produit à base de plantes que vous utilisez.
- N'arrêtez jamais un traitement prescrit (contre le VIH, le diabète, l'hypertension, la tuberculose, l'épilepsie, etc.) sans en parler à un professionnel de santé.
L'OMS travaille avec les pays africains sur la recherche en médecine traditionnelle, et le Centre mondial de l'OMS pour la médecine traditionnelle soutient des approches fondées sur des preuves.
Un exemple pratique
Appliquons SIFT à notre message d'ouverture : « Le moringa et l'ail guérissent le diabète en 7 jours. »
S'arrêter : le message est spectaculaire, promet une guérison et pousse à partager. Signaux d'alerte. Enquêter : aucun médecin ni aucune organisation n'est nommé. Le message se termine par un numéro pour acheter des « gélules de moringa ». Il y a une vente à la clé. Trouver de meilleures sources : une recherche sur les sites de l'OMS et du ministère de la Santé ne révèle aucun remède de ce type. Le diabète est une maladie chronique qui se prend en charge par l'alimentation, l'exercice et les médicaments. Remonter à l'origine : quelques petites études se sont intéressées au moringa et à la glycémie, surtout chez l'animal ou sur de petits groupes. Aucune ne montre de « guérison en 7 jours ».
Conclusion : message trompeur et potentiellement dangereux si des gens arrêtent leur traitement contre le diabète. Ne le partagez pas. Si quelqu'un le partage dans votre groupe, répondez-lui gentiment avec une information fiable.
« Un mensonge peut faire la moitié du tour du monde pendant que la vérité enfile ses chaussures. » — largement attribué à Mark Twain (probablement pas de lui ; l'idée est bien plus ancienne)
Comment répondre à sa famille et à ses amis
Corriger quelqu'un, surtout un aîné, peut être délicat. Quelques conseils :
- Soyez bienveillant et discret : envoyez un message personnel plutôt que de le corriger dans le groupe.
- Montrez que vous partagez son inquiétude : « Je sais que tu veux nous protéger. »
- Partagez une source fiable : un lien du ministère de la Santé, de l'OMS ou d'un vérificateur de faits.
- Posez des questions : « D'où vient ce message ? Sait-on qui l'a écrit ? »
- N'humiliez pas. Les gens qui se sentent attaqués défendent leur position.
Des sources fiables à consulter
- L'Organisation mondiale de la santé (who.int) et l'OMS Afrique (afro.who.int).
- Le ministère de la Santé de votre pays.
- Les instituts nationaux de santé publique.
- Africa CDC (africacdc.org).
- Les vérificateurs de faits : Africa Check et les organisations nationales de vérification des faits.
- Votre centre de santé, votre pharmacien ou votre agent de santé communautaire.
Pour vérifier les affirmations sur l'Afrique en général, voir Une méthode pratique pour vérifier une affirmation sur l'Afrique.
Enseigner la littératie en santé aux jeunes
Les jeunes voient beaucoup de contenus sur la santé sur TikTok et Instagram — sur les régimes, la forme physique, les soins de la peau, la santé mentale. Les écoles et les parents peuvent leur apprendre :
- La méthode SIFT.
- À reconnaître les publicités déguisées en conseils.
- À vérifier les qualifications des influenceurs.
- Que les photos « avant/après » peuvent être retouchées.
Voir Comment les jeunes peuvent prendre soin de leur bien-être.
Une histoire illustrative : la grand-mère vérificatrice de faits
Dans un groupe familial fictif de Porto-Novo, une grand-mère que nous appellerons Mémé Agossou (personnage d'illustration) est devenue célèbre pour une seule phrase. Chaque fois que quelqu'un transférait un message alarmant sur la santé, elle répondait : « Qui l'a dit, et où est-ce écrit ? »
Au début, ses petits-enfants en riaient. Puis ils ont commencé à vérifier avant de partager, rien que pour éviter sa question. En quelques mois, le groupe a reçu beaucoup moins de messages de « remèdes miracles » — et a beaucoup plus discuté de l'origine des informations.
Pas besoin d'une formation spéciale pour protéger votre famille de la désinformation. Parfois, il suffit d'une bonne question, posée à chaque fois.
Les idées reçues courantes sur la santé à surveiller
Certaines affirmations circulent encore et encore à travers l'Afrique. Parmi celles que les autorités sanitaires ont corrigées à maintes reprises :
- Que certains vaccins rendraient stérile (ce n'est pas étayé par les preuves).
- Que boire de l'eau très chaude ou certaines tisanes pourrait guérir des infections virales.
- Que les antibiotiques soigneraient le rhume et la grippe (ils n'agissent pas sur les virus).
- Que l'on pourrait prévenir le paludisme en mangeant certains aliments plutôt qu'en utilisant des moustiquaires et des médicaments.
Quand vous voyez une affirmation de ce type, vérifiez auprès de votre ministère de la Santé, de l'OMS ou d'un agent de santé avant d'y croire ou de la partager.
Faire une pause, vérifier, puis partager
La prochaine fois qu'une affirmation surprenante sur la santé apparaîtra sur votre téléphone, souvenez-vous : s'arrêter, enquêter sur la source, trouver de meilleures sources, remonter à l'origine. Cela prend quelques minutes. Cela pourrait protéger la santé de quelqu'un.
Votre doute n'est pas impoli. Il est responsable.
Poursuivez votre lecture : Le rôle des langues locales dans la communication en santé, Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information, et notre rubrique Santé & Bien-être.
Questions fréquentes
Comment savoir si une affirmation sur la santé en ligne est fausse ?
Méfiez-vous des promesses miracles, de l'absence de source nommée, de l'urgence à partager, du langage complotiste, des produits à vendre et des témoignages présentés à la place de preuves. Utilisez la méthode SIFT pour vérifier.
Qu'est-ce que la méthode SIFT ?
Une méthode en quatre étapes conçue par Mike Caulfield : s'arrêter (Stop), enquêter sur la source (Investigate the source), trouver de meilleures sources (Find better coverage), remonter à l'origine des affirmations (Trace claims to the original).
Les remèdes à base de plantes sont-ils sûrs ?
Certaines plantes ont des effets utiles, mais « naturel » ne veut pas dire sûr ou efficace. Dites toujours à votre soignant ce que vous utilisez et n'arrêtez jamais un traitement prescrit sans avis médical.
