Qu'est-ce qui rend une information de santé digne de confiance ?
Dans un monde de rumeurs sanitaires sur WhatsApp, qu'est-ce qui rend une information de santé fiable ? Sept signes à repérer, la science de la confiance et des conseils pour les communicants en santé.
Il est 21 h. Un message arrive dans le groupe WhatsApp de la famille. C'est une note vocale de l'ami du cousin de quelqu'un, qui « travaille dans un grand hôpital ». Elle affirme qu'une nouvelle maladie se propage, que boire de l'eau chaude avec du citron et du sel toutes les heures vous protégera, et que le vaccin proposé dans les centres de santé est dangereux. « Partagez avec tous ceux que vous aimez ! »
En une heure, le message a été transféré à des centaines de personnes. Certaines se mettent à boire de l'eau salée au citron. D'autres décident de ne pas se faire vacciner. Personne ne sait qui est cet « ami ».
Pendant ce temps, le ministère de la Santé a publié une déclaration claire contenant des informations exactes. Presque personne dans le groupe ne l'a lue.
Pourquoi les rumeurs se propagent-elles si facilement, alors que les informations fiables peinent à se faire entendre ? Et qu'est-ce qui rend une information de santé facile à croire ?
Qu'est-ce qui pousse les gens à faire confiance à une information de santé — et comment rendre une information fiable aussi facile à croire qu'une rumeur ?
Le problème de l'« infodémie »
Pendant la pandémie de COVID-19, l'Organisation mondiale de la santé (OMS) a employé le mot « infodémie » — une surabondance d'informations, exactes comme fausses, qui empêche les gens de trouver des conseils dignes de confiance.
La désinformation en santé n'est pas nouvelle. Des rumeurs sur les vaccins, les traitements du paludisme, le VIH, la planification familiale et les remèdes à base de plantes circulent depuis des décennies. Mais les réseaux sociaux et les applications de messagerie permettent aux rumeurs de voyager plus vite et plus loin que jamais.
Une étude de 2018 largement citée, publiée dans la revue Science par des chercheurs du MIT, a montré que les fausses informations sur Twitter se propageaient nettement plus loin, plus vite et plus largement que les vraies — en partie parce que les fausses histoires étaient plus surprenantes et plus chargées d'émotion.
Ce à quoi les gens font réellement confiance
Les recherches sur la confiance dans l'information de santé montrent que les gens font confiance :
- Aux personnes qu'ils connaissent (famille, amis, responsables communautaires).
- Aux agents de santé qu'ils ont rencontrés (infirmiers, médecins, agents de santé communautaires).
- Aux sources qui parlent leur langue — au sens propre comme au sens culturel.
- Aux informations qui correspondent à leur expérience.
- Aux sources qui semblent honnêtes au sujet des incertitudes.
Le Wellcome Global Monitor, une vaste enquête internationale, a constaté que dans de nombreux pays africains, la confiance envers les médecins et les infirmiers est élevée — souvent plus élevée que la confiance envers le gouvernement ou les médias. C'est un point de départ puissant.
Données : Médecins et infirmiers — élevée · Agents de santé communautaires — élevée · Famille et amis — moyenne à élevée · Responsables religieux — moyenne · Gouvernement — moyenne · Réseaux sociaux — faible à moyenne
Note : Schéma illustratif fondé sur les thèmes du Wellcome Global Monitor (2018, 2020). Le remplacer par des chiffres propres à chaque pays lorsqu'ils sont disponibles.
Pause humour : une grand-mère de Porto-Novo a dit un jour qu'elle ne faisait confiance qu'à deux sources de santé : son infirmière et sa propre grand-mère, décédée en 1982. « L'une me donne des médicaments, l'autre m'envoie des avertissements dans mes rêves. » Communicants en santé : voilà votre concurrence.
Sept signes d'une information de santé digne de confiance
Voici ce qui rend une information de santé plus facile à croire — et ce qu'il faut rechercher :
Qui dit cela ? Un hôpital, un ministère, une université ou un agent de santé qualifié, nommément identifiés, sont plus dignes de confiance qu'« un ami qui travaille dans un hôpital ».
- Une source claire et nommée
L'information mentionne-t-elle des études, des données ou des recommandations officielles ? Est-elle cohérente avec ce que disent l'OMS ou les autorités sanitaires nationales ?
- Des preuves, pas seulement des opinions
Les sources fiables disent ce qu'elles savent et ce qu'elles ne savent pas. « Nous ne savons pas encore combien de temps dure la protection » est plus digne de confiance que « protection à 100 % pour toujours ! ».
- L'honnêteté au sujet des incertitudes
« Guérit toutes les maladies », « ce que les médecins ne veulent pas que vous sachiez », « une astuce toute simple » — ce sont des signaux d'alerte.
- Aucune promesse miracle
Une information facile à comprendre a plus de chances d'être utilisée. Le jargon crée de la distance.
- Un langage simple et clair
Est-elle dans votre langue ? Reflète-t-elle la réalité de votre communauté — aliments locaux, coutumes, centres de santé, coûts ?
- La pertinence locale
Les recommandations de santé évoluent à mesure que la science progresse. Vérifiez la date.
- La mise à jour
Pourquoi les rumeurs paraissent plus dignes de confiance
Les rumeurs paraissent souvent plus dignes de confiance que l'information officielle parce qu'elles :
- Viennent de quelqu'un que l'on connaît.
- Utilisent des histoires chargées d'émotion.
- Emploient un langage simple et des exemples locaux.
- Arrivent au bon moment (quand les gens ont peur ou sont perdus).
- Proposent des solutions faciles.
L'information officielle, elle, souvent :
- Utilise un langage formel et technique.
- Vient d'institutions lointaines.
- Arrive tard.
- Ne répond pas aux questions que les gens se posent réellement.
La leçon pour les communicants en santé : apprendre de la façon dont les rumeurs se propagent — mais utiliser ces techniques au service d'informations exactes.
Ce que les communicants en santé peuvent faire
Associez-vous à des infirmiers, des agents de santé communautaires, des responsables religieux, des enseignants, des associations de commerçantes, des musiciens et des influenceurs locaux. Voir Comment les agents de santé communautaires atteignent les familles.
- Passer par des messagers de confiance
Les messages en fon, yoruba, dendi, bariba, wolof, haoussa, swahili et dans d'autres langues touchent davantage de personnes et paraissent plus personnels. Voir Le rôle des langues locales dans la communication en santé.
- Parler les langues locales
« Le petit-fils de Mama Aïssatou s'est fait vacciner et il est en bonne santé » peut être plus puissant que « Les vaccins sont efficaces à 95 % ». L'idéal : associer une histoire à un chiffre simple.
- Raconter des histoires, pas seulement des statistiques
Écoutez ce que les gens demandent et ce qui les inquiète. Utilisez les appels en direct à la radio communautaire, les lignes d'assistance WhatsApp et les réunions.
- Répondre aux vraies questions
Le premier message que les gens entendent reste souvent gravé. Partagez tôt des informations exactes.
- Être rapide
Reconnaître « nous nous sommes trompés sur X » peut renforcer la confiance avec le temps.
- Être honnête sur les erreurs et les incertitudes
Les notes vocales courtes, les images simples, les chansons et les vidéos en langues locales circulent bien sur WhatsApp.
- Rendre l'information facile à partager
« Le plus grand problème de la communication, c'est l'illusion qu'elle a eu lieu. » — souvent attribué à George Bernard Shaw (attribution incertaine)
De vrais exemples en Afrique
- Pendant l'épidémie d'Ebola de 2014-2016 en Afrique de l'Ouest, les équipes sanitaires ont appris que travailler avec les responsables communautaires, respecter les traditions funéraires et communiquer dans les langues locales était essentiel pour gagner la confiance.
- Les radios communautaires de toute l'Afrique diffusent des émissions de santé en langues locales, souvent avec des séquences d'appels en direct où les auditeurs posent directement leurs questions à des médecins.
- Des organisations de vérification des faits comme Africa Check (fondée en Afrique du Sud en 2012) et des vérificateurs nationaux examinent les affirmations virales sur la santé et publient des rectifications.
- L'Africa Infodemic Response Alliance (AIRA) de l'OMS a été créée pour coordonner la lutte contre la désinformation sanitaire en Afrique.
Ce que vous pouvez faire à titre individuel
- Faites une pause avant de partager. Si un message vous fait peur ou vous met en colère, vérifiez-le d'abord.
- Vérifiez la source. Qui l'a écrit ? Est-elle nommée ?
- Comparez avec des sources officielles : ministère de la Santé, OMS, votre centre de santé.
- Demandez à un agent de santé.
- Corrigez avec douceur. Si quelqu'un partage une fausse information, répondez-lui gentiment avec une source fiable — en privé si possible. Humilier rend les gens défensifs.
Pour une méthode étape par étape de vérification des affirmations, lisez Comment lire une affirmation sur la santé partagée en ligne.
Note : Guide de décision simple.
La confiance se construit avant la crise
La leçon la plus importante des urgences sanitaires est que la confiance doit se construire avant une crise — à travers les relations quotidiennes entre les agents de santé et les communautés. Quand les gens font déjà confiance à leur infirmière, à leur centre de santé et aux messages de santé, ils sont plus enclins à suivre les conseils en cas d'urgence.
Cela signifie investir dans :
- Les agents de santé communautaires.
- Des services de santé respectueux et accueillants.
- Une communication régulière et honnête.
- L'écoute des préoccupations des communautés.
Le rôle du comportement des agents de santé
Les gens ne font pas seulement confiance à des informations. Ils font confiance à des expériences. Un patient qui a été traité avec impolitesse dans un centre de santé peut faire davantage confiance aux rumeurs qu'aux conseils du centre. Un patient qui a été écouté, respecté et aidé fera confiance aux messages du centre.
C'est pourquoi la gentillesse, le respect et des explications claires dans les établissements de santé ne sont pas des « à-côtés ». Ils font partie de la communication en santé. Voir Petit guide pour poser de meilleures questions au centre de santé.
L'information de santé pour les jeunes
Les jeunes comptent parmi les plus grands utilisateurs des réseaux sociaux — et parmi les plus exposés à la désinformation sur des sujets comme la santé mentale, l'alimentation, la forme physique et la santé sexuelle. Les écoles peuvent enseigner la littératie en santé : comment trouver, comprendre et évaluer une information de santé. Voir Comment les écoles peuvent parler de bien-être mental et Comment les jeunes peuvent prendre soin de leur bien-être.
Un cas illustratif : la rumeur et l'infirmière
Dans une ville fictive du nord du Bénin, une rumeur s'est répandue selon laquelle une nouvelle campagne de vaccination rendrait les enfants malades. La fréquentation du centre de santé a chuté. Une infirmière que nous appellerons Mme Orou (personnage d'illustration) a décidé de ne pas polémiquer sur WhatsApp. À la place, elle a enregistré une courte note vocale en bariba, expliquant ce qu'était le vaccin, qui l'avait approuvé et quels effets secondaires bénins les parents pourraient observer — et a invité les parents à venir lui poser toutes leurs questions.
Elle a aussi demandé à l'imam et au pasteur du quartier de mentionner la campagne pendant leurs offices, et elle a fait vacciner son propre enfant devant d'autres parents. En deux semaines, la fréquentation est revenue. Les faits n'avaient pas changé. Le messager, la langue et l'ouverture, si.
La confiance est le remède derrière le remède
Une information exacte sauve des vies — mais seulement si les gens lui font confiance. La confiance vient de sources nommées, d'une communication honnête, des langues locales, d'agents de santé respectueux et de la patience d'écouter.
La prochaine fois qu'un message de santé effrayant arrivera dans votre groupe de discussion, faites une pause. Demandez-vous d'où il vient. Et si vous êtes agent de santé, souvenez-vous : chaque conversation respectueuse avec un patient construit aussi la confiance pour la prochaine crise.
Poursuivez votre lecture : Comment les agents de santé communautaires atteignent les familles, Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information, et notre rubrique Santé & Bien-être.
Questions fréquentes
Comment savoir si une information de santé est digne de confiance ?
Recherchez une source nommée et qualifiée, des preuves, de l'honnêteté sur les incertitudes, l'absence de promesses miracles, un langage clair, une pertinence locale et une date récente. Comparez avec des sources officielles.
Qu'est-ce qu'une infodémie ?
Un terme employé par l'OMS pour désigner une surabondance d'informations — exactes comme fausses — qui rend difficile l'accès à des conseils de santé fiables.
Pourquoi les rumeurs sur la santé se propagent-elles si vite ?
Elles viennent souvent de personnes que l'on connaît, utilisent des histoires chargées d'émotion et un langage simple, et proposent des solutions faciles dans des moments de peur.
