Comment les écoles peuvent parler de bien-être mental
Un adolescent sur sept vit avec un trouble de santé mentale. Des moyens concrets et respectueux des cultures pour que les écoles africaines parlent de bien-être mental.
Une élève qui était la première de la classe cesse soudain de rendre ses devoirs. Un autre rit bruyamment toute la journée mais déjeune seul. Une troisième s'endort à chaque cours du matin. Un quatrième se bat plus souvent qu'avant.
Les enseignants observent ces changements tous les jours. Souvent, ils sont traités comme des problèmes de discipline : « paresseux », « impoli », « pas sérieux ». C'est parfois vrai. Mais parfois, ce sont les signes qu'un jeune souffre intérieurement — de stress, de tristesse, d'inquiétude, de deuil, de problèmes familiaux ou de quelque chose de plus difficile à nommer.
Dans de nombreuses écoles africaines, on parle rarement de santé mentale. Pourtant, les jeunes subissent d'énormes pressions : examens, attentes familiales, pauvreté, réseaux sociaux, relations amoureuses et incertitude face à l'avenir.
Comment les écoles peuvent-elles parler de bien-être mental d'une manière utile, respectueuse et réaliste ?
Note : cet article fournit des informations générales aux éducateurs et aux familles. Il ne remplace pas une prise en charge professionnelle en santé mentale.
Pourquoi c'est important
- L'OMS estime qu'environ un adolescent sur sept âgé de 10 à 19 ans dans le monde souffre d'un trouble de santé mentale — et que beaucoup ne sont ni repérés ni traités.
- La moitié des troubles de santé mentale apparaissent avant l'âge de 14 ans, selon l'OMS.
- Dans de nombreux pays africains, il existe très peu de professionnels de la santé mentale. L'Atlas de la santé mentale de l'OMS montre que la Région africaine compte parmi les plus faibles effectifs de personnels de santé mentale par habitant au monde.
Cela signifie que les écoles — où les jeunes passent une grande partie de leur temps — sont des lieux importants pour repérer les problèmes tôt et construire des habitudes saines.
Qu'est-ce que le bien-être mental ?
Le bien-être mental ne se résume pas à l'absence de maladie. L'OMS décrit la santé mentale comme un état de bien-être qui permet à chacun de faire face aux difficultés normales de la vie, d'apprendre et de travailler efficacement, et de contribuer à la vie de sa communauté.
Tout le monde a une santé mentale, comme tout le monde a une santé physique. Parfois elle est bonne, parfois non. En parler devrait être aussi normal que parler d'un mal de tête ou d'un bras cassé.
Pourquoi il est difficile d'en parler dans beaucoup d'écoles
- La stigmatisation : les problèmes de santé mentale peuvent être perçus comme une faiblesse, de la folie, une attaque spirituelle ou un mauvais comportement.
- Le manque de mots : beaucoup de langues n'ont pas de termes simples et courants pour l'anxiété ou la dépression — ou ces mots sont chargés de honte.
- Le manque de formation : les enseignants ne sont pas formés pour reconnaître les problèmes de santé mentale ni pour y répondre.
- Les classes nombreuses : 60 à 80 élèves rendent l'attention individuelle difficile.
- Le manque de services : même quand un problème est repéré, il n'y a parfois nulle part où orienter l'élève.
- Les croyances culturelles : les familles peuvent préférer des réponses religieuses ou traditionnelles.
Ces difficultés sont réelles. Mais de petites actions peuvent tout de même faire une grande différence.
Pause humour : une enseignante a demandé à sa classe : « Qui a déjà été stressé ? » Toutes les mains se sont levées — y compris celle du directeur, qui passait justement devant la fenêtre. Ce fut le meilleur début de leçon sur le bien-être qu'elle ait jamais eu.
Étape 1 : rendre normal le fait de parler de ses émotions
Les écoles peuvent intégrer les émotions au langage de tous les jours :
- Commencer la semaine par un bref « point météo intérieur » : « Sur une échelle de 1 à 5, comment te sens-tu aujourd'hui ? » (Les élèves peuvent l'écrire en privé.)
- Utiliser des histoires, des proverbes, des chansons et du théâtre pour explorer les émotions.
- Enseigner les mots des émotions dans les langues locales ainsi qu'en français ou en anglais.
- Rappeler que tout le monde se sent parfois stressé, triste ou inquiet — y compris les enseignants.
« Il n'y a pas de santé sans santé mentale. » — principe promu par l'OMS et de nombreux responsables de la santé mondiale
Étape 2 : enseigner des stratégies d'adaptation
Les jeunes peuvent apprendre des compétences concrètes pour gérer le stress :
- Les exercices de respiration : une respiration lente (inspirer sur 4 temps, retenir sur 4 temps, expirer sur 4 temps) aide à calmer le corps.
- La résolution de problèmes : décomposer les problèmes en petites étapes.
- La parole : identifier des adultes et des amis de confiance.
- L'activité physique : sport, danse, marche.
- Le sommeil : de bonnes habitudes de sommeil. Voir Pourquoi le repos compte quand on mène une vie bien remplie.
- Un usage sain du téléphone et des réseaux sociaux.
- La gratitude et la réflexion : noter les bonnes choses qui sont arrivées.
Ces compétences sont parfois enseignées sous le nom de « compétences de vie » ou d'« apprentissage socio-émotionnel » (ASE).
Étape 3 : former les enseignants à repérer les signes
Les enseignants n'ont pas besoin d'être psychologues. Mais ils peuvent apprendre à repérer les signaux d'alerte :
- Une chute soudaine des notes.
- Un retrait par rapport aux amis et aux activités.
- Une fatigue constante ou le fait de dormir en classe.
- De grands changements d'humeur ou de comportement.
- Des absences fréquentes.
- Des propos exprimant le désespoir ou un sentiment d'inutilité.
- Des blessures inexpliquées.
Quand les enseignants remarquent ces signes, la première étape est simple : une conversation privée et bienveillante. « J'ai remarqué que tu as l'air différent ces derniers temps. Est-ce que tout va bien ? Je suis là si tu veux en parler. »
L'OMS et ses partenaires ont mis au point des programmes pour soutenir cette démarche. Par exemple, l'initiative Helping Adolescents Thrive (HAT) de l'OMS propose des orientations pour promouvoir la santé mentale des adolescents, et le programme mhGAP de l'OMS forme des non-spécialistes à reconnaître et à prendre en charge les troubles de santé mentale courants.
Étape 4 : établir un circuit d'orientation
Les écoles doivent savoir vers qui orienter les élèves qui ont besoin d'une aide plus importante :
- Les conseillers d'orientation ou les enseignants référents (s'il y en a).
- Les infirmiers scolaires ou les centres de santé locaux.
- Les psychologues, les psychiatres ou les ONG de santé mentale de la région.
- Les lignes d'écoute (lorsqu'elles existent dans votre pays).
- Des responsables religieux ou communautaires de confiance qui travaillent de façon respectueuse avec les services de santé.
Dressez une liste simple et partagez-la avec tout le personnel. Quand un élève risque de se faire du mal, l'école doit agir rapidement et impliquer les professionnels compétents et la famille (en tenant compte de la sécurité de l'élève).
Note : À adapter aux services locaux et aux règles de protection de l'enfance.
Étape 5 : agir contre le harcèlement et la pression des examens
Deux grandes sources de stress à l'école sont le harcèlement et les examens.
Le harcèlement :
- Des règles claires contre le harcèlement, connues de tous.
- Des moyens sûrs pour les élèves de signaler les faits (y compris anonymement).
- Des conséquences cohérentes et un accompagnement, pour les victimes comme pour les auteurs.
- Une attention au cyberharcèlement sur WhatsApp, TikTok et d'autres plateformes.
La pression des examens :
- Enseigner des méthodes de travail et la gestion du temps.
- Parler ouvertement du stress des examens et des façons d'y faire face.
- Rappeler aux élèves que leur valeur ne se résume pas à une note.
- Travailler avec les parents pour réduire les pressions excessives.
Voir Apprendre au-delà des examens : les projets dont les enfants se souviennent pour des façons de faire en sorte que l'apprentissage ne se résume pas à un seul grand examen.
Étape 6 : impliquer les familles et les communautés
Les parents et les tuteurs sont essentiels. Les écoles peuvent :
- Organiser des réunions de parents sur le bien-être des adolescents.
- Partager les signes à surveiller à la maison.
- Encourager des conversations ouvertes et sans jugement.
- Respecter les croyances culturelles et religieuses tout en encourageant le recours à une aide professionnelle lorsque c'est nécessaire.
Les responsables communautaires et religieux et les agents de santé peuvent aider à réduire la stigmatisation et à soutenir les familles.
Étape 7 : prendre soin des enseignants aussi
Les enseignants font face à de lourdes charges de travail, à des classes nombreuses, à de faibles salaires et au stress. Un enseignant stressé a moins d'énergie pour soutenir ses élèves. Les écoles peuvent :
- Créer des groupes de soutien entre enseignants.
- Proposer des formations à la gestion du stress.
- Reconnaître et valoriser les efforts des enseignants.
- Réduire les tâches administratives inutiles quand c'est possible.
Le bien-être des enseignants et celui des élèves sont liés.
Des exemples d'approches en Afrique
- Le Friendship Bench (« banc de l'amitié », Zimbabwe) : mis au point par le psychiatre Dixon Chibanda, il forme des agents de santé non spécialistes (souvent des femmes âgées surnommées les « grands-mères ») à proposer une thérapie par la parole sur un banc public. Une étude publiée dans le JAMA en 2016 a montré qu'il réduisait les symptômes de dépression. Le modèle a été adapté aux jeunes et à d'autres pays.
- Des programmes scolaires de compétences de vie dans plusieurs pays africains enseignent l'adaptation, la communication et la prise de décision.
- Des groupes de santé mentale animés par des jeunes, sur les campus et en ligne, contribuent à réduire la stigmatisation.
Ces exemples montrent que des approches communautaires et peu coûteuses peuvent fonctionner.
Ce que les élèves peuvent faire les uns pour les autres
- Être un bon ami : écouter sans juger.
- Remarquer quand quelqu'un semble différent.
- Encourager un ami à parler à un adulte de confiance.
- Ne pas transformer les difficultés intimes d'autrui en commérages.
- S'opposer au harcèlement.
- Prévenir immédiatement un adulte si un ami parle de se faire du mal.
Lisez Comment les jeunes peuvent prendre soin de leur bien-être.
Commencer petit : un plan de 30 jours pour une école
Semaine 1 : réunion du personnel sur le bien-être des élèves ; se mettre d'accord sur les signaux d'alerte et une liste de contacts pour l'orientation. Semaine 2 : instaurer un point hebdomadaire sur les émotions dans les classes. Semaine 3 : organiser une leçon sur le stress et les stratégies d'adaptation dans chaque classe. Semaine 4 : réunion de parents ; lancement d'une boîte anonyme pour les suggestions et les inquiétudes. Ensuite : faire le point, ajuster, continuer.
Parler, ça aide
Le bien-être mental peut sembler un sujet difficile pour les écoles. Mais le silence ne fait pas disparaître les problèmes — il les rend plus difficiles à voir. Les écoles qui en parlent ouvertement, enseignent des stratégies d'adaptation, repèrent les signes précoces et savent vers qui orienter les élèves peuvent vraiment changer des vies.
Tout commence par une simple question, posée avec bienveillance : « Comment vas-tu — vraiment ? »
Si vous-même ou quelqu'un de votre entourage traversez une période difficile, n'hésitez pas à vous adresser à un adulte de confiance, à un centre de santé ou à un professionnel de la santé mentale près de chez vous.
Poursuivez votre lecture : Qu'est-ce qui rend une information de santé digne de confiance ?, Pourquoi des mentors locaux peuvent changer l'avenir d'un jeune, et notre rubrique Santé & Bien-être.
Questions fréquentes
Les problèmes de santé mentale sont-ils fréquents chez les jeunes ?
L'OMS estime qu'environ 1 adolescent sur 7 âgé de 10 à 19 ans souffre d'un trouble de santé mentale.
Que peuvent faire les enseignants pour la santé mentale des élèves ?
Rendre normal le fait de parler de ses émotions, enseigner des stratégies d'adaptation, repérer les signaux d'alerte, avoir des conversations privées et bienveillantes, et orienter les élèves vers une aide adaptée.
Qu'est-ce que le Friendship Bench ?
Un programme zimbabwéen dans lequel des agents de santé non spécialistes formés proposent une thérapie par la parole ; des recherches ont montré qu'il réduisait les symptômes de dépression.
