ContactApprendre. Décider. Agir. Pour l’Afrique.
Afrique & Action

Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information

Les bonnes intentions ne suffisent pas. Pourquoi les projets communautaires ont besoin de bonnes données, comment les collecter à moindre coût — cartographie, enquêtes, capteurs — et comment s'en servir pour obtenir des soutiens.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 12 minutes

Un groupe de jeunes veut aider son quartier. Il décide de construire un nouveau point d'eau. Les jeunes collectent de l'argent, trouvent un maçon et creusent. Six mois plus tard, le point d'eau est terminé — et à peine utilisé.

Pourquoi ? Ils ignoraient que la plupart des familles avaient déjà un robinet à proximité. Ce dont les gens avaient vraiment besoin, c'était d'une solution aux inondations qui rendaient la route impraticable à chaque saison des pluies.

Les bonnes intentions ne suffisent pas. L'action locale a besoin d'une bonne information : quel est le vrai problème ? Quelle est son ampleur ? Qui est touché ? Qu'est-ce qui existe déjà ? Qu'est-ce qui fonctionnera ?

Pourquoi l'action locale a-t-elle besoin d'une bonne information — et comment les communautés peuvent-elles la collecter et l'utiliser ?

Le problème « invisible »

Dans de nombreuses communautés africaines, les données officielles sont limitées, dépassées ou inexistantes. Un rapport rédigé en 2014 pour l'ONU, « A World That Counts », appelait à une « révolution des données », car beaucoup de personnes et de lieux sont « invisibles » dans les statistiques.

Exemples :

  • Des quartiers informels absents des cartes officielles.
  • Des déchets, des inondations et une pollution qui ne sont pas mesurés.
  • Des commerces locaux qui ne sont pas recensés.
  • L'opinion des jeunes, rarement sondée.

Quand un problème est invisible dans les données, il est plus facile pour les décideurs de l'ignorer — et plus difficile pour les communautés d'obtenir du soutien.

En quoi une bonne information aide

Les données montrent ce qui compte le plus pour les gens — et non ce que supposent des personnes extérieures.

  • Choisir le bon problème

Connaître les détails (où, quand, qui) aide à concevoir des solutions adaptées.

  • Concevoir la bonne solution

Les élus, les bailleurs de fonds et les voisins sont plus sensibles aux preuves qu'aux opinions. « Notre caniveau déborde » est un argument faible. « Notre caniveau a débordé 14 fois pendant cette saison des pluies, touchant 63 maisons » est un argument fort.

  • Convaincre les autres

Les données recueillies avant et après montrent si votre action a fonctionné. Voir Comment mesurer si une initiative a vraiment aidé.

  • Mesurer les progrès

Partager ouvertement les données favorise la transparence et la redevabilité.

  • Bâtir la confiance

Pause humour : une responsable de jeunes a dit au maire : « Notre route est très, très mauvaise. » Le maire a répondu : « Toutes les routes sont mauvaises. » La semaine suivante, elle est revenue avec 40 photos, une carte et le nombre d'accidents de moto en un mois. Le maire a dit : « D'accord, cette route-là est très, très mauvaise. » Données : 1. Politique : 0.

Les types d'information que les communautés peuvent collecter

Combien de personnes empruntent une route ? Combien de ménages bénéficient du ramassage des ordures ? Combien d'enfants ne sont pas scolarisés ?

  • Compter

Où se trouvent les points d'eau, les caniveaux, les tas d'ordures, les lampadaires, les centres de santé et les écoles ? Des outils comme OpenStreetMap, Google My Maps ou même des cartes dessinées à la main font l'affaire.

  • Cartographier

Interrogez les gens sur leurs besoins, leurs expériences et leurs idées. Outils : questionnaires papier, Google Forms, KoboToolbox (gratuit et largement utilisé dans l'humanitaire).

  • Enquêter

Des preuves visuelles, avec la date et le lieu.

  • Photographier et filmer

Pluviométrie, qualité de l'eau, qualité de l'air, bruit, température. Des capteurs à bas coût facilitent ce travail.

  • Mesurer

Les entretiens et les témoignages donnent le visage humain des chiffres.

  • Écouter des récits
Six façons pour les communautés de collecter de l'information

Note : Visuel explicatif.

Exemple : des capteurs de qualité de l'air dans les villes africaines

La pollution de l'air est un risque sanitaire majeur, mais de nombreuses villes africaines avaient peu, voire pas du tout, de stations de mesure de la qualité de l'air. Des projets comme AirQo à Kampala, en Ouganda — développé à l'université Makerere — ont installé des capteurs à bas coût dans toute la ville et rendu les données publiques.

Grâce aux données, les citoyens, les journalistes et les élus peuvent repérer les points noirs de pollution, comparer les moments de la journée et réclamer des mesures. Les données ont rendu visible un problème invisible. Voir Ce dont une ville en bonne santé a besoin au-delà des hôpitaux.

« Sans données, vous n'êtes qu'une personne de plus avec une opinion. » — attribué à W. Edwards Deming

Exemple : la cartographie communautaire

Partout en Afrique, des projets de cartographie communautaire forment les habitants à cartographier leur propre quartier :

  • Map Kibera (Nairobi).
  • Ramani Huria à Dar es Salaam, où des étudiants et des habitants ont cartographié les zones inondables pour aider à planifier le drainage.
  • Des projets de cartographie menés par des jeunes dans des villes d'Afrique de l'Ouest, dont les communautés OpenStreetMap du Bénin, du Togo et d'ailleurs.

Les cartes aident les communautés à planifier, à plaider leur cause et à réagir aux urgences. Voir Ce qui se passe quand un quartier résout lui-même son problème.

Comment collecter une bonne information (simplement)

Étape 1 : poser une question claire « Combien de ménages de notre rue bénéficient d'un ramassage régulier des ordures ? »

Étape 2 : décider de ce qu'on collecte L'adresse du ménage, l'abonnement (oui/non), les raisons en cas de réponse négative.

Étape 3 : choisir une méthode Une enquête en porte-à-porte, avec un formulaire papier ou un téléphone.

Étape 4 : former votre équipe Veillez à ce que chacun pose les questions de la même manière, poliment.

Étape 5 : collecter de façon éthique Expliquez l'objectif, demandez l'autorisation, protégez les informations personnelles, ne mettez pas de pression sur les gens.

Étape 6 : nettoyer et vérifier Repérez les erreurs, les réponses manquantes, les doublons.

Étape 7 : analyser Comptez, calculez des pourcentages, faites des graphiques simples.

Étape 8 : restituer Présentez d'abord les résultats à la communauté, puis aux décideurs.

Exemple : le ramassage des ordures rue X (enquête illustrative auprès de 80 ménages)

Note : Données illustratives pour montrer comment présenter des résultats.

Les erreurs courantes

  • Poser des questions orientées (« Vous ne trouvez pas que la route est épouvantable ? »).
  • N'interroger que ses amis.
  • Collecter trop de données qu'on n'utilisera pas.
  • Ne pas protéger la vie privée (publier des noms et des numéros de téléphone).
  • Collecter des données sans jamais en partager les résultats.
  • Présenter des estimations comme des faits exacts.

Soyez aussi prudents lorsque vous utilisez des données produites par d'autres. Vérifiez leur provenance. Voir Une méthode pratique pour vérifier une affirmation sur l'Afrique.

Éthique : les informations sur les personnes appartiennent aux personnes

Lorsque vous collectez des informations :

  • Obtenez le consentement.
  • Expliquez pourquoi vous les collectez et comment elles seront utilisées.
  • Gardez les données personnelles confidentielles et en sécurité.
  • Ne collectez pas d'informations sensibles sauf nécessité.
  • Partagez les résultats d'une manière qui n'expose pas les individus.
  • Respectez les lois nationales sur la protection des données (le Bénin dispose d'une autorité de protection des données personnelles, l'APDP).

Utiliser l'information pour obtenir des soutiens

Transformez les données en action :

  • Une synthèse d'une page : le problème, les chiffres clés, une photo, une carte et une demande claire.
  • Une réunion communautaire : présentez les résultats, discutez des solutions.
  • Des lettres aux élus : joignez les preuves. Voir Comment les jeunes peuvent participer aux décisions locales.
  • Les médias : la radio locale et les réseaux sociaux adorent les données claires et les bonnes histoires.
  • Les bailleurs de fonds : montrez la preuve du besoin et un plan pour mesurer les résultats.

Information et confiance en matière de santé et de crise

Pendant les crises sanitaires et les situations d'urgence, une bonne information sauve des vies : où se trouvent les cas, où les ressources sont nécessaires, quelles rumeurs circulent. Les systèmes d'information communautaires — comme les agents de santé communautaires qui signalent les cas — sont essentiels. Voir Comment les agents de santé communautaires atteignent les familles et Qu'est-ce qui rend une information de santé digne de confiance ?.

Une histoire illustrative : les données sur les inondations

Dans un quartier de Cotonou (exemple illustratif), les habitants se plaignaient depuis des années des inondations. Rien ne changeait. Puis un groupe d'étudiants a décidé de collecter des informations.

Pendant toute une saison des pluies, ils ont consigné chaque inondation : la date, la hauteur d'eau (à l'aide d'un bâton gradué), la durée et les maisons touchées. Ils ont cartographié les caniveaux bouchés et photographié les ordures déversées. Ils ont interrogé 120 ménages sur leurs pertes.

Leur rapport a montré que la plupart des inondations partaient de deux caniveaux bouchés près d'un marché. Ils l'ont présenté au quartier, à l'association du marché et à la commune. La commune a curé les caniveaux et l'association du marché a organisé des nettoyages hebdomadaires. À la saison des pluies suivante, les inondations ont été plus courtes et moins nombreuses.

Les étudiants n'ont rien construit. Ils ont construit de l'information — et cette information a fait bouger ceux qui pouvaient agir.

Transformer les chiffres en images

Les chiffres deviennent puissants quand on peut les voir. Quelques façons simples de présenter des données :

  • Des diagrammes en barres pour comparer (par exemple, ménages abonnés et non abonnés).
  • Des cartes avec des points de couleur pour les problèmes (rouge pour les tas d'ordures, bleu pour les points d'eau).
  • Des photos avant/après prises au même endroit.
  • Un seul grand chiffre sur une affiche : « 63 maisons inondées cette saison ».
  • De courtes vidéos associant un chiffre, une photo et une voix.

Des outils gratuits comme Google Sheets, Canva et Datawrapper facilitent la création de graphiques. Restez simples : un graphique, un message. Expliquez ce que signifient les chiffres avec des mots simples — et dans les langues locales quand c'est possible. Voir Le rôle des langues locales dans la communication en santé.

Tenir l'information à jour

L'information vieillit. Une carte réalisée il y a trois ans peut ignorer de nouvelles maisons, des points d'eau fermés ou de nouvelles routes. Prévoyez des mises à jour :

  • Refaites les comptages essentiels une ou deux fois par an.
  • Permettez aux membres de la communauté de signaler les changements (numéro WhatsApp, boîte à idées).
  • Datez clairement chaque carte et chaque rapport.
  • Partagez les mises à jour pour que les décisions reposent sur l'information la plus récente.

Pause humour : un comité a fièrement présenté une carte du quartier au maire. Le maire a pointé un endroit du doigt et a dit : « Il y a une boulangerie ici, maintenant. » Le plus jeune membre a vérifié : la carte avait été faite avant la naissance du boulanger. Ils l'ont mise à jour le mois suivant.

Savoir avant d'agir

Une bonne information ne résoudra pas les problèmes à elle seule. Mais elle oriente l'action dans la bonne direction, convainc les gens d'aider et montre si vous réussissez. Dans les communautés où les données officielles manquent, des citoyens qui collectent leurs propres informations, c'est une forme d'action puissante.

Avant votre prochain projet, demandez-vous : que savons-nous vraiment ? Que devons-nous découvrir ?

Poursuivez votre lecture : Comment transformer une conversation en projet, Comment mesurer si une initiative a vraiment aidé, et notre rubrique Afrique & Action.

Questions fréquentes

Pourquoi les données sont-elles importantes pour les projets communautaires ?

Elles aident à choisir le bon problème, à concevoir des solutions efficaces, à convaincre les décideurs et à mesurer les progrès.

Comment une communauté peut-elle collecter des données à moindre coût ?

En comptant, en cartographiant, en menant des enquêtes simples (papier, Google Forms, KoboToolbox), en prenant des photos, en utilisant des capteurs à bas coût et en réalisant des entretiens.

Qu'est-ce que la cartographie communautaire ?

Des habitants qui cartographient leur propre quartier — routes, services, risques —, souvent à l'aide d'outils gratuits comme OpenStreetMap.