Comment les jeunes peuvent participer aux décisions locales
L'Afrique est jeune, mais ses décideurs sont souvent âgés. Des moyens concrets pour les jeunes de prendre part aux décisions locales — conseils, budgets, pétitions et plus encore.
Voici un fait étrange à propos de l'Afrique : c'est le continent le plus jeune du monde, mais beaucoup de ses dirigeants comptent parmi les plus âgés.
L'ONU estime que l'âge médian en Afrique est inférieur à 20 ans. Dans le même temps, l'âge moyen des chefs d'État africains a souvent été bien plus élevé — plusieurs décennies de plus que celui des personnes qu'ils gouvernent. L'écart d'âge entre dirigeants et citoyens y est l'un des plus importants au monde.
Mais les présidents ne sont qu'une partie du tableau. Bien des décisions qui touchent la vie quotidienne — routes, caniveaux, marchés, écoles, centres de santé, éclairage public, terrains de sport — se prennent au niveau local : par les conseils municipaux, les maires, les chefs de quartier, les comités de gestion scolaire et les associations communautaires.
C'est là que les jeunes peuvent vraiment faire la différence.
Comment les jeunes peuvent-ils prendre part aux décisions locales — et être pris au sérieux ?
Pourquoi la participation des jeunes compte
- De meilleures décisions : les jeunes savent ce dont les jeunes ont besoin — des espaces sûrs, des emplois, internet, du sport, des transports.
- L'équité : les décisions touchent les jeunes plus longtemps, ils devraient donc avoir leur mot à dire.
- Des compétences : participer apprend le leadership, la communication, la négociation et la patience.
- La confiance : quand les jeunes voient leurs idées reprises, ils font davantage confiance aux institutions.
- La paix : l'exclusion et la frustration peuvent mener à des troubles ; la participation nourrit l'espoir.
La Charte africaine de la jeunesse, adoptée par l'Union africaine en 2006, reconnaît le droit des jeunes à participer à toutes les sphères de la société, y compris à la prise de décision.
Pause humour : un jeune homme a demandé au chef pourquoi les jeunes n'étaient pas invités à la réunion du village. Le chef a répondu : « Parce que la réunion porte sur l'avenir. » Le jeune homme a dit : « Justement. » Le chef a réfléchi, puis a déplacé la réunion dans une salle plus grande.
Comprendre comment se prennent les décisions locales
Avant de prendre part aux décisions, il faut comprendre le système. Au Bénin, par exemple :
- Le pays est divisé en départements et en communes (municipalités), chacune dotée d'un conseil municipal élu et d'un maire.
- Les communes sont elles-mêmes divisées en arrondissements, en villages et en quartiers de ville, chacun avec ses responsables locaux (comme les chefs de quartier ou les chefs de village).
- Les conseils municipaux votent les budgets locaux et les plans de développement.
Renseignez-vous :
- Qui sont votre conseiller, votre maire et votre chef de quartier ?
- Quand ont lieu les séances du conseil ? Sont-elles publiques ?
- Quel est le plan de développement de votre commune (Plan de Développement Communal) ?
- Comment le budget est-il décidé ?
Astuce : beaucoup de ces documents sont publics. Renseignez-vous à la mairie.
8 façons pour les jeunes de participer
Beaucoup de séances du conseil et de réunions communautaires sont ouvertes au public. Allez-y, écoutez et apprenez. Prenez des notes.
- Assister aux réunions publiques
Certaines municipalités disposent de conseils de jeunes (conseils communaux de la jeunesse) qui conseillent les autorités locales. Si la vôtre n'en a pas, proposez-en un.
- Rejoindre ou créer un conseil de jeunes
Les associations de jeunes, les syndicats étudiants, les clubs sportifs, les groupes de jeunes religieux et les ONG donnent aux jeunes une voix collective.
- Rejoindre des associations
Certaines villes pratiquent le budget participatif, où les citoyens aident à décider de l'utilisation d'une partie du budget. L'idée est née à Porto Alegre, au Brésil, en 1989, et a été reprise dans certaines villes africaines, notamment au Sénégal, au Cameroun et ailleurs.
- Participer aux discussions budgétaires
Une lettre claire et polie, signée par de nombreux jeunes, peut attirer l'attention. Indiquez le problème, les preuves et une demande précise.
- Écrire des lettres et des pétitions
Cartographiez les problèmes, comptez, photographiez et menez des enquêtes. Les preuves renforcent les propositions. Voir Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information.
- S'appuyer sur des données et des preuves
La radio locale, les groupes WhatsApp et les réseaux sociaux peuvent sensibiliser — mais restez respectueux et exacts.
- Utiliser les médias et les réseaux sociaux
Les jeunes peuvent être candidats aux élections locales. Même sans victoire, faire campagne développe des compétences et de la visibilité.
- Se présenter à une élection (quand on en a l'âge)
Comment être pris au sérieux
On écarte parfois les jeunes comme « trop jeunes » ou « fauteurs de troubles ». Voici comment gagner le respect :
- Soyez préparés : connaissez les faits, les règles et les personnes.
- Soyez précis : « Installer deux lampadaires au coin du marché » vaut mieux que « Réparer la ville ».
- Soyez constructifs : apportez des solutions, pas seulement des plaintes.
- Soyez respectueux : la politesse ouvre des portes, même en cas de désaccord.
- Soyez persévérants : relancez. Les décisions prennent du temps.
- Soyez collectifs : un groupe pèse plus qu'une seule personne.
- Soyez fiables : faites ce que vous promettez.
« La jeunesse d'une nation est la dépositaire de la postérité. » — Benjamin Disraeli
Un exemple pas à pas : obtenir l'installation d'un lampadaire
Prenons un exemple illustratif.
Le problème : un coin sombre près d'un collège-lycée à Abomey-Calavi paraît dangereux la nuit.
Étape 1 : rassembler des preuves Des élèves comptent le nombre de personnes qui passent par ce coin après 19 h (par exemple, 150 en une heure), prennent des photos et recueillent des témoignages (avec l'accord des personnes).
Étape 2 : trouver le décideur Ils apprennent que l'éclairage public relève de la commune.
Étape 3 : rallier des soutiens Ils obtiennent le soutien du directeur de l'établissement, de l'association des parents d'élèves et du chef de quartier.
Étape 4 : écrire une lettre Une lettre d'une page au maire : le problème, les preuves, une demande claire (deux lampadaires) et une proposition (les élèves aideront à surveiller les lampadaires et à signaler les pannes).
Étape 5 : assurer le suivi Ils demandent un rendez-vous, assistent à une séance du conseil et font le point sur la radio locale.
Étape 6 : résultat et remerciements Si les lampadaires sont installés, ils remercient publiquement la commune. Sinon, ils demandent ce qu'il faut faire — peut-être que le projet sera inscrit au budget de l'année suivante.
Voir Des gestes simples pour des espaces publics plus sûrs.
Note : Schéma conceptuel.
Participer au-delà de la politique
Les décisions locales se prennent dans bien des lieux, pas seulement à la mairie :
- Les écoles : conseils d'élèves, comités de gestion scolaire.
- Les communautés religieuses : comités de jeunes.
- Les marchés : associations de marchands.
- Le sport : gestion des clubs.
- Les comités de l'eau et les comités de santé. Voir L'eau potable et les choix que font les communautés.
Chacun de ces lieux est une occasion de s'exercer au leadership.
Les obstacles et comment les surmonter
- « Les adultes n'écoutent pas. » Trouvez des alliés parmi les adultes — enseignants, responsables religieux, anciens respectés.
- « C'est trop lent. » Célébrez les petites victoires ; gardez une trace des progrès.
- « C'est politique. » Restez concentrés sur les besoins de la communauté, pas sur la politique partisane.
- « Nous n'avons pas d'argent. » Beaucoup d'actions sont gratuites : réunions, lettres, collecte de données, bénévolat.
- « Les filles sont laissées de côté. » Veillez à ce que les jeunes femmes aient une voix égale et puissent participer en toute sécurité.
Des outils numériques pour participer
- Des groupes WhatsApp pour s'organiser et partager l'information.
- Des questionnaires en ligne (Google Forms) pour recueillir l'avis des jeunes.
- Des outils de cartographie pour montrer les problèmes.
- Les réseaux sociaux pour partager les résultats.
- Certains gouvernements proposent des plateformes en ligne pour recueillir l'avis des citoyens.
Utilisez les outils numériques pour inclure — et non exclure — les jeunes qui n'ont pas de smartphone.
Un conseil de jeunes, à titre d'exemple
Imaginons une commune du sud du Bénin (exemple illustratif) qui crée un conseil de jeunes de 25 membres âgés de 15 à 30 ans, issus des écoles, des associations et des quartiers. Ils se réunissent chaque mois et présentent des propositions au conseil municipal deux fois par an.
Au cours de leur première année, ils ont :
- Interrogé 500 jeunes sur leurs principales préoccupations (emploi, espaces sportifs, accès à internet, éclairage public).
- Proposé de transformer un terrain abandonné en terrain de sport — la commune a accepté de le déblayer.
- Organisé un salon de l'emploi avec des entreprises locales.
- Mené une campagne de nettoyage avec 300 participants. Voir Ce qu'il faut pour garder une rue propre ensemble.
Toutes les propositions n'ont pas abouti. Mais le conseil de jeunes est devenu un partenaire respecté — et plusieurs de ses membres se sont ensuite présentés aux élections locales.
Un modèle de lettre à un élu local
Voici une structure simple que les jeunes peuvent adapter :
« À Monsieur le Maire / Madame la Maire de [commune], Objet : Demande d'installation de deux lampadaires près de [école/marché]
Nous sommes membres de [groupe], jeunes habitants de [quartier]. Pendant deux semaines, nous avons compté environ 150 personnes empruntant le chemin près de [lieu] entre 19 h et 20 h, dont de nombreux élèves. Le secteur n'est pas éclairé, et plusieurs personnes ont dit ne pas s'y sentir en sécurité.
Nous sollicitons respectueusement l'installation de deux lampadaires à [emplacement]. Notre groupe est prêt à apporter son aide en surveillant les lampadaires et en signalant tout problème.
Nous vous serions reconnaissants de bien vouloir nous accorder un rendez-vous pour discuter de cette demande. Respectueusement, [noms, coordonnées, signatures] »
Courte, polie, précise et appuyée sur des preuves. Gardez une copie portant la date de réception.
Pause humour : la première lettre d'un groupe de jeunes à la mairie faisait sept pages et contenait un poème. La secrétaire du maire leur a gentiment suggéré : « La prochaine fois, une page. Gardez le poème pour la fête. »
Votre voix, votre communauté
Les jeunes ne sont pas seulement « les dirigeants de demain ». Ce sont des citoyens aujourd'hui. Les décisions locales façonnent vos rues, vos écoles et vos perspectives. Y prendre part — avec respect, persévérance et des preuves à l'appui — peut transformer votre communauté et développer vos propres compétences.
Commencez petit : découvrez qui est votre conseiller local. Assistez à une réunion. Apportez une idée.
Poursuivez votre lecture : Comment transformer une conversation en projet, Une journée avec une organisatrice communautaire à Cotonou, et notre rubrique Afrique & Action.
Questions fréquentes
Comment les jeunes peuvent-ils participer à la gouvernance locale ?
En assistant aux réunions publiques, en rejoignant des conseils de jeunes et des associations, en prenant part aux discussions budgétaires, en rédigeant des pétitions, en s'appuyant sur des preuves et en se présentant aux élections lorsqu'ils en ont l'âge.
Qu'est-ce que le budget participatif ?
Un processus dans lequel les citoyens aident à décider de l'utilisation d'une partie d'un budget public. Il est né à Porto Alegre, au Brésil, en 1989.
Qu'est-ce que la Charte africaine de la jeunesse ?
Une charte de l'Union africaine adoptée en 2006 qui reconnaît les droits des jeunes, notamment celui de participer à la prise de décision.
