Des gestes simples pour des espaces publics plus sûrs
Éclairage public, passages dégagés, marchés animés et voisins attentifs : des mesures simples et éprouvées que les communautés peuvent prendre pour rendre les rues, les parcs et les transports plus sûrs pour tous.
Pensez à un endroit de votre quartier où vous n'aimez pas marcher la nuit. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il fait sombre. Peut-être parce qu'il n'y a ni maisons ni boutiques. Peut-être à cause d'un terrain vague envahi par les hautes herbes. Peut-être parce que la route n'a pas de trottoir et que les motos y filent à toute allure. Peut-être parce que vous avez entendu un jour qu'il s'y était passé quelque chose de grave.
Pensez maintenant à un endroit où vous vous sentez en sécurité, même le soir. Il est sans doute éclairé, animé, ouvert, et il y a du monde — des vendeurs, des familles, des voisins.
La différence entre ces deux endroits ne tient souvent ni à la police ni aux caméras. Elle tient à l'aménagement, à la lumière, à l'activité et à la communauté.
Quelles mesures simples les communautés peuvent-elles prendre pour rendre les espaces publics plus sûrs pour tous — en particulier pour les femmes, les enfants, les personnes âgées et les personnes handicapées ?
Ce qui rend un espace inquiétant
Les recherches sur la sécurité urbaine — notamment les travaux du programme « Villes sûres et espaces publics sûrs » d'ONU Femmes et ceux d'ONU-Habitat — mettent en évidence des facteurs récurrents :
- Un mauvais éclairage.
- L'isolement (personne, aucune boutique, aucune fenêtre donnant sur la rue).
- Des recoins cachés et des angles morts.
- Un mauvais entretien : ordures, structures cassées, bâtiments abandonnés.
- L'absence de trottoirs ou de traversées sûres.
- Le manque de transports la nuit.
- Un harcèlement que personne ne conteste.
Beaucoup de ces problèmes peuvent être améliorés par des actions simples et peu coûteuses.
Étape 1 : éclairer
L'éclairage est l'une des mesures de sécurité les plus efficaces et les plus abordables. Une rue bien éclairée :
- Permet de voir et d'être vu.
- Incite les gens à marcher et à se rassembler.
- Décourage la délinquance et le harcèlement.
- Réduit les accidents.
Certaines études — dont un vaste essai randomisé mené dans des logements sociaux de New York (2016-2017) — ont constaté que l'ajout d'un éclairage extérieur était associé à une baisse significative de certains délits commis la nuit en extérieur.
Des solutions peu coûteuses :
- Demander aux ménages et aux boutiques de laisser leurs lumières extérieures allumées le soir.
- Installer des lampadaires solaires (de plus en plus abordables).
- Signaler les lampadaires en panne à la commune.
- Éclairer les recoins sombres, les arrêts de bus et les chemins de l'école.
Note : Exemple illustratif montrant comment présenter une enquête communautaire ; à remplacer par les données réelles de votre propre enquête.
Pause humour : un comité de quartier a demandé aux habitants de laisser leurs lumières extérieures allumées la nuit. Un vieil homme a refusé : « L'électricité coûte cher. » La semaine suivante, on a failli lui voler sa chèvre dans le noir. La semaine d'après, sa maison avait la lumière la plus vive de la rue. Aujourd'hui, il l'appelle « la lampe de la chèvre ».
Étape 2 : garder des yeux sur la rue
Dans son célèbre livre « Déclin et survie des grandes villes américaines » (The Death and Life of Great American Cities, 1961), l'autrice spécialiste de l'urbanisme Jane Jacobs parlait des « yeux sur la rue » : les rues sont plus sûres quand il y a du monde — des commerçants, des habitants à leur fenêtre, des passants.
Dans les villes africaines, les « yeux sur la rue » sont souvent naturels : les femmes du marché, les conducteurs de zémidjan, les couturiers, les vendeurs de crédit téléphonique, les gens assis dehors le soir. Les communautés peuvent encourager cela :
- En soutenant les petits commerces le long des rues.
- En encourageant les activités du soir : sport, marchés, événements culturels.
- En évitant de construire de hauts murs qui bouchent la vue sur la rue.
« La sécurité de la rue fonctionne le mieux, le plus naturellement et avec le moins de relents d'hostilité ou de suspicion précisément là où les gens utilisent les rues de la ville de leur plein gré et en profitent le plus. » — Jane Jacobs
Étape 3 : nettoyer et entretenir
Les ordures, les hautes herbes, les structures cassées et les bâtiments abandonnés donnent aux lieux un air d'abandon et d'insécurité. Des nettoyages et un entretien réguliers envoient un message : « Quelqu'un prend soin de cet endroit. »
- Débroussailler les terrains vagues.
- Enlever les tas d'ordures.
- Réparer les bancs et les murs cassés.
- Peindre des fresques sur les murs nus.
Voir Ce qu'il faut pour garder une rue propre ensemble.
Étape 4 : rendre les routes plus sûres pour les piétons
Dans de nombreuses villes africaines, le plus grand danger dans l'espace public, c'est la circulation. Le rapport de situation de l'OMS sur la sécurité routière dans le monde montre que les piétons, les cyclistes et les motocyclistes représentent une large part des décès sur la route dans la Région africaine.
Ce que les communautés peuvent réclamer :
- Des trottoirs dégagés (non encombrés par des motos garées, des marchandises ou des chantiers).
- Des traversées sûres près des écoles, des marchés et des centres de santé.
- Des ralentisseurs dans les zones résidentielles.
- Des bénévoles pour faire traverser les écoliers aux heures de pointe.
- Des casques pour les conducteurs de moto et leurs passagers.
Voir Ce dont une ville en bonne santé a besoin au-delà des hôpitaux.
Étape 5 : faire une marche exploratoire
Un « audit de sécurité » ou une « marche exploratoire » est un outil simple utilisé par ONU Femmes, ONU-Habitat et des groupes communautaires du monde entier. Un groupe — comprenant idéalement des femmes, des jeunes, des personnes âgées et des personnes handicapées — parcourt un secteur et note :
- Où se sent-on en insécurité ? Pourquoi ?
- Où l'éclairage est-il insuffisant ?
- Où y a-t-il des recoins cachés ?
- Où les trottoirs manquent-ils ou sont-ils encombrés ?
- Où n'y a-t-il personne ?
- Qu'est-ce qui rendrait l'endroit plus sûr ?
Marchez de jour et de nuit. Reportez les problèmes sur une carte. Prenez des photos. Puis hiérarchisez les actions. Voir Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information.
Étape 6 : lutter contre le harcèlement
Le harcèlement des femmes et des filles dans l'espace public — dans la rue, sur les marchés, dans les transports — est courant dans de nombreuses villes du monde. Les communautés peuvent :
- Affirmer clairement que le harcèlement est inacceptable (affiches, messages à la radio, engagements communautaires).
- Encourager les témoins à intervenir sans se mettre en danger ou à soutenir les victimes.
- Former les associations de marché, les conducteurs de moto et les travailleurs des transports.
- Garantir des moyens clairs de signaler les incidents aux autorités.
- Associer les hommes et les garçons en tant qu'alliés.
Étape 7 : aménager pour tout le monde
Un espace sûr et confortable pour un enfant, une personne âgée ou une personne en fauteuil roulant convient généralement à tout le monde.
- Des rampes et des cheminements plats.
- Des bancs et de l'ombre.
- Une signalétique claire.
- Des toilettes dans les espaces publics (propres et sûres).
- Des aires de jeux visibles depuis les bancs.
Étape 8 : travailler avec les autorités — et entre voisins
Les communautés peuvent faire beaucoup, mais certains changements relèvent des autorités : l'éclairage public, l'aménagement des routes, l'application des règles. Nouez des partenariats :
- Partagez les résultats de votre marche exploratoire avec la commune.
- Proposez des solutions précises et chiffrées.
- Offrez l'aide de la communauté (surveiller les lampadaires, entretenir les espaces).
- Relancez avec respect et persévérance.
Voir Comment les jeunes peuvent participer aux décisions locales.
Une histoire illustrative : le chemin de l'école
Dans une ville (exemple illustratif), des élèves rentraient de l'école par un chemin sombre longeant un terrain vague. Plusieurs filles ont signalé avoir été harcelées. Les parents s'inquiétaient.
Le conseil des élèves de l'école a organisé une marche exploratoire avec des parents, des enseignants et le chef de quartier. Ils ont repéré trois problèmes : aucun éclairage, de hautes herbes sur le terrain, et personne aux alentours après 18 h.
Les actions :
- Les voisins ont accepté de laisser leurs lumières extérieures allumées.
- La commune a installé deux lampadaires solaires.
- Élèves et parents ont débroussaillé le terrain chaque mois.
- Une association de femmes a installé des stands de grignotage le soir le long du chemin.
- Les enseignants ont organisé des groupes de marche pour les élèves.
En quelques mois, les élèves ont dit se sentir beaucoup plus en sécurité. Le chemin est devenu plus fréquenté — et plus convivial.
Des arrêts de transport et des trajets de nuit plus sûrs
Beaucoup de gens se sentent le moins en sécurité quand ils attendent un transport ou se déplacent la nuit. Quelques améliorations simples aident :
- Éclairer les arrêts de bus, les stations de taxis et les stationnements de motos.
- Placer les arrêts près de boutiques ou de zones animées, et non dans des recoins isolés.
- Encourager les transporteurs et les conducteurs de moto à s'enregistrer et à porter une identification visible.
- Partager son trajet : dire à quelqu'un quel itinéraire on prend et à quelle heure on compte arriver.
- Des groupes communautaires de « retour à pied » pour les élèves et les travailleurs qui finissent tard.
Les associations de moto-taxis peuvent être de solides partenaires en matière de sécurité. Les conducteurs voient tout ce qui se passe dans la rue et peuvent aider à signaler les problèmes — à condition d'être associés et respectés.
Ce que chacun peut faire dès aujourd'hui
Toutes les mesures de sécurité n'exigent pas un comité. Chacun peut :
- Laisser une lumière extérieure allumée le soir.
- Saluer et connaître ses voisins — les visages familiers rassurent.
- Signaler les lampadaires en panne, les trous dangereux et les dépôts sauvages.
- Réagir (sans se mettre en danger) quand on voit quelqu'un se faire harceler, ou soutenir la personne après coup.
- Apprendre aux enfants les itinéraires sûrs et ce qu'il faut faire s'ils ne se sentent pas en sécurité.
- Conduire et rouler prudemment — la sécurité routière, c'est la sécurité publique.
Les petites habitudes s'additionnent. Une rue où les gens remarquent et se soucient les uns des autres est une rue où les problèmes sont repérés tôt.
La sécurité se partage
Les espaces publics sûrs ne sont pas le fruit du hasard. Ils se construisent avec de la lumière, des cheminements, des recoins propres, des boutiques animées, des voisins attentifs, un bon aménagement et des autorités réactives. Surtout, ils se construisent grâce à des communautés qui décident : ici, tout le monde mérite de marcher en sécurité.
Commencez par un recoin sombre. Éclairez-le. Nettoyez-le. Faites-y venir du monde. Regardez-le changer.
Poursuivez votre lecture : Ce qu'il faut pour garder une rue propre ensemble, Comment transformer une conversation en projet, et notre rubrique Afrique & Action.
Questions fréquentes
Comment rendre les espaces publics plus sûrs ?
En améliorant l'éclairage, en gardant des « yeux sur la rue », en entretenant les espaces, en rendant les routes plus sûres pour les piétons, en organisant des marches exploratoires, en luttant contre le harcèlement, en aménageant pour tout le monde et en travaillant avec les autorités.
Qu'est-ce qu'une marche exploratoire ou un audit de sécurité ?
Une marche collective dans un secteur pour repérer les problèmes de sécurité (éclairage, visibilité, isolement, entretien) et proposer des solutions.
L'éclairage public réduit-il la délinquance ?
Des recherches, dont un vaste essai mené à New York, ont constaté qu'un meilleur éclairage extérieur était associé à une baisse de certains délits commis la nuit en extérieur.
