ContactApprendre. Décider. Agir. Pour l’Afrique.
Santé & Bien-être

Ce dont une ville en bonne santé a besoin au-delà des hôpitaux

La santé se construit dans les rues, pas seulement dans les hôpitaux. Air pur, eau potable, espaces verts, marche et bonne alimentation : ce qui rend les villes africaines réellement saines.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 12 minutes

Quand on parle de santé dans une ville, on parle généralement des hôpitaux. Combien y en a-t-il ? Sont-ils modernes ? Ont-ils assez de médecins et d'équipements ?

Les hôpitaux comptent — beaucoup. Mais au moment où quelqu'un arrive à l'hôpital, bien des causes de sa maladie sont déjà là : l'air pollué respiré pendant des années, l'eau insalubre bue, l'accident de la route dans une rue sans trottoir, le manque d'endroits sûrs pour faire de l'exercice, le stress du bruit et de la chaleur, la friture bon marché qui était la seule option près du travail.

La santé se gagne — ou se perd — dans les rues, sur les marchés, dans les maisons et dans les quartiers.

De quoi une ville en bonne santé a-t-elle besoin au-delà des hôpitaux — et comment les villes africaines peuvent-elles intégrer la santé à la vie quotidienne ?

Les villes grandissent vite

L'Afrique s'urbanise rapidement. ONU-Habitat et les World Urbanization Prospects des Nations unies prévoient que la population urbaine africaine va à peu près doubler au cours des prochaines décennies. Des villes comme Lagos, Kinshasa, Dar es Salaam, Luanda et Abidjan comptent parmi celles qui croissent le plus vite au monde — et des villes plus petites comme Cotonou, Porto-Novo et Abomey-Calavi (Grand Nokoué) grandissent aussi.

Cette croissance apporte des opportunités : emplois, éducation, services. Mais sans planification, elle apporte aussi des risques sanitaires : pollution, logements surpeuplés, circulation, inondations et assainissement insuffisant.

1. Un air pur

L'OMS estime que la quasi-totalité de la population mondiale (99 %) respire un air qui dépasse les valeurs guides de l'OMS pour la qualité de l'air. La pollution de l'air est liée aux maladies cardiaques, aux AVC, au cancer du poumon, à l'asthme et à la pneumonie.

Dans les villes africaines, les sources comprennent :

  • Les vieux véhicules et les motos roulant avec un carburant de mauvaise qualité.
  • Le brûlage des ordures.
  • La cuisson au charbon de bois et au bois.
  • La poussière des routes non goudronnées.
  • L'industrie et les groupes électrogènes.

Un air plus sain nécessite : des transports plus propres, la collecte des déchets (pour que les gens ne brûlent pas leurs ordures), des combustibles de cuisson plus propres, des routes goudronnées et une surveillance de la qualité de l'air. Des capteurs d'air peu coûteux aident désormais certaines villes africaines à mesurer la pollution pour la première fois — voir Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information.

Part de la population mondiale respirant un air au-dessus des valeurs guides de l'OMS

Données : Au-dessus des valeurs guides 99 % · Au niveau ou en dessous des valeurs guides 1 %

Pause humour : un habitant de Cotonou disait qu'il n'avait pas besoin d'une application météo : « Si je tousse au bout de 10 minutes sur la moto, c'est un jour de pollution. Si je tousse au bout de 2 minutes, ce sont les embouteillages du lundi matin. »

2. L'eau potable et l'assainissement

L'eau potable et les toilettes comptent parmi les outils de santé les plus puissants jamais inventés. Ils préviennent le choléra, la typhoïde, la diarrhée et bien d'autres maladies. Beaucoup de villes africaines ont encore des quartiers sans eau courante ni assainissement sûr.

Une ville en bonne santé investit dans :

  • Les réseaux d'eau et les kiosques à eau.
  • Les égouts et un assainissement autonome sûr (fosses septiques, services de vidange).
  • Le drainage pour éviter les inondations et l'eau stagnante (où se reproduisent les moustiques).

Lisez L'eau potable et les choix que font les communautés.

3. Des rues conçues pour les gens

Les accidents de la route sont une cause majeure de décès, en particulier chez les jeunes. Le Rapport de situation sur la sécurité routière dans le monde de l'OMS montre que la Région africaine enregistre certains des taux de mortalité routière les plus élevés du monde par rapport à sa population. Les piétons, les cyclistes et les motocyclistes sont les plus exposés.

Des rues saines comprennent :

  • Des trottoirs continus et non encombrés.
  • Des passages sécurisés et une limitation de la vitesse.
  • L'éclairage public.
  • Des casques pour les conducteurs et les passagers de motos.
  • Des transports en commun sûrs et abordables.

Des rues praticables à pied encouragent aussi l'activité physique — qui prévient les maladies cardiaques, le diabète et l'obésité.

4. Espaces verts et ombre

Les parcs, les arbres et les espaces verts :

  • Rafraîchissent la ville (en réduisant l'effet d'« îlot de chaleur urbain »).
  • Purifient l'air.
  • Réduisent les inondations en absorbant la pluie.
  • Offrent des lieux pour faire de l'exercice, jouer et se détendre.
  • Améliorent la santé mentale.

Alors que les villes africaines se réchauffent avec le changement climatique, les arbres et l'ombre deviennent des infrastructures de santé. Certaines villes lancent des programmes de plantation d'arbres et protègent les zones humides et les lagunes.

« Le meilleur moment pour planter un arbre, c'était il y a 20 ans. Le deuxième meilleur moment, c'est maintenant. » — proverbe (souvent présenté comme chinois)

5. Un environnement alimentaire sain

Ce que les gens mangent dépend beaucoup de ce qui est disponible et abordable près de chez eux. Beaucoup de villes africaines connaissent une hausse de l'obésité, du diabète et de l'hypertension artérielle — liée à davantage d'aliments transformés, de boissons sucrées et à moins d'activité physique.

Une ville en bonne santé soutient :

  • Des marchés vendant des fruits, des légumes et du poisson frais.
  • L'agriculture urbaine et périurbaine.
  • Une alimentation de rue sûre (eau propre, hygiène, huile saine).
  • Des limites à la publicité pour les boissons sucrées et la malbouffe destinée aux enfants.

6. La gestion des déchets

Les ordures non collectées bouchent les caniveaux, provoquent des inondations, attirent les rats et les moustiques et sont brûlées — produisant une fumée toxique. L'Africa Waste Management Outlook du PNUE a constaté qu'une grande partie des déchets en Afrique finit dans des décharges sauvages.

L'agence de gestion des déchets de Cotonou, la SGDS, et les services communautaires de pré-collecte sont des exemples d'efforts pour améliorer la collecte. Voir Les idées qui aident les villes africaines à réduire leurs déchets et Ces personnes qui rendent les villes africaines plus agréables à vivre.

7. Un logement sûr et abordable

Les logements surpeuplés et mal aérés propagent des maladies comme la tuberculose. Les maisons situées en zone inondable mettent les familles en danger. Les villes en bonne santé ont besoin :

  • De logements abordables, aérés et lumineux.
  • D'une protection contre les inondations.
  • D'une sécurité foncière, pour que les gens puissent investir dans leur logement.
  • De la réhabilitation des quartiers informels avec l'eau, l'assainissement et des routes.

8. Le bien-être mental en ville

Les villes peuvent être stressantes : bruit, foule, circulation, insécurité, solitude. Une ville en bonne santé soutient le bien-être mental avec :

  • Des espaces publics sûrs où les gens peuvent se rencontrer.
  • Des lieux culturels : bibliothèques, musées, salles de concert. (Voir Pourquoi les lieux culturels ont besoin de jeunes visiteurs.)
  • Des espaces verts pour se reposer.
  • Des groupes communautaires et des activités sportives.
  • L'accès à des services de santé mentale.
Les 8 piliers d'une ville en bonne santé

Note : Graphique conceptuel montrant que les hôpitaux ne sont qu'une partie d'un système plus large.

L'idée des Villes-santé de l'OMS

En 1986, l'OMS a lancé le mouvement des Villes-santé. L'idée : la santé n'est pas seulement l'affaire du ministère de la Santé. Chaque service municipal — transports, logement, eau, éducation, environnement — influe sur la santé. Le mouvement encourage les villes à intégrer la santé dans toutes les politiques et à associer les citoyens.

Cette approche de « la santé dans toutes les politiques » est particulièrement importante pour les villes africaines, où les ressources sont limitées et où la prévention coûte bien moins cher que les soins.

Ce que les citoyens peuvent faire

Pas besoin d'être maire pour rendre votre ville plus saine :

  • Participez à des opérations de nettoyage ou organisez-en. Voir Ce qu'il faut pour garder une rue propre ensemble.
  • Plantez et protégez des arbres dans votre rue.
  • Ne brûlez pas vos ordures.
  • Portez un casque et conduisez prudemment.
  • Marchez ou pédalez sur les courtes distances lorsque c'est sûr.
  • Soutenez les marchés locaux de produits frais.
  • Prenez la parole lors des réunions locales au sujet des trottoirs, des caniveaux, de l'éclairage et des parcs. Voir Comment les jeunes peuvent participer aux décisions locales.
  • Signalez les problèmes (lampadaires en panne, caniveaux bouchés) aux autorités locales.

Ce que les dirigeants municipaux peuvent faire

  • Concevoir des villes avec des trottoirs, des espaces verts et des transports en commun.
  • Investir dans l'eau, l'assainissement, le drainage et la collecte des déchets.
  • Surveiller la qualité de l'air et publier les données.
  • Faire respecter les règles de sécurité routière.
  • Réhabiliter les quartiers informels avec leurs habitants, et non contre eux.
  • Associer des experts en santé à l'urbanisme.
  • Écouter les communautés.

Une « promenade santé » illustrative dans un quartier

Essayez cet exercice avec une classe ou un groupe communautaire. Parcourez votre quartier pendant une heure et notez :

  • Où l'air est-il enfumé ou poussiéreux ?
  • Où les gens marchent-ils sur la chaussée faute de trottoir ?
  • Où l'eau s'accumule-t-elle après la pluie ?
  • Où les ordures sont-elles entassées ou brûlées ?
  • Où y a-t-il de l'ombre ? Où n'y en a-t-il pas ?
  • Où les enfants peuvent-ils jouer en sécurité ?
  • Où peut-on acheter des fruits et des légumes frais ?

Reportez tout sur une carte simple. Vous verrez vite quelles parties de votre quartier favorisent la santé — et lesquelles doivent changer. Cette carte peut devenir le point de départ d'un vrai projet. Voir Comment les enseignants font entrer les vrais problèmes dans leurs cours.

La chaleur : une menace croissante pour la santé

Avec le changement climatique, les villes africaines se réchauffent. Les vagues de chaleur sont dangereuses, en particulier pour les bébés, les personnes âgées, les travailleurs en extérieur et les personnes atteintes de maladies chroniques. La chaleur affecte aussi le sommeil, la concentration et la santé mentale.

Les villes peuvent réagir en :

  • Plantant des arbres et en protégeant les espaces verts.
  • Utilisant des toits de couleur plus claire et une meilleure ventilation dans les bâtiments.
  • Aménageant des espaces publics ombragés et des points d'eau potable.
  • Adaptant les horaires scolaires et de travail pendant les fortes chaleurs.
  • Prévenant la population avant les vagues de chaleur.

La chaleur n'est pas seulement inconfortable. C'est un enjeu de santé publique dont l'importance va croître au cours des prochaines décennies.

Les hôpitaux sont le dernier rempart, pas le premier

Une ville en bonne santé évite aux gens d'aller à l'hôpital. Elle y parvient grâce à un air pur, une eau potable, des rues sûres, des arbres, une bonne alimentation, des quartiers propres, des logements décents et des lieux pour se reposer et se retrouver.

On aura toujours besoin d'hôpitaux. Mais les villes les plus saines sont celles où la santé commence au pas de la porte.

Poursuivez votre lecture : Comment les agents de santé communautaires atteignent les familles, Des gestes simples pour des espaces publics plus sûrs, et notre rubrique Santé & Bien-être.

Questions fréquentes

Qu'est-ce qui rend une ville saine ?

Un air pur, l'eau potable et l'assainissement, des rues sûres, des espaces verts, une alimentation saine, une bonne gestion des déchets, des logements décents et un soutien au bien-être mental — ainsi que de bons services de santé.

Quels sont les effets de la pollution de l'air sur la santé ?

Elle est liée aux maladies cardiaques, aux AVC, au cancer du poumon, à l'asthme et aux infections respiratoires. L'OMS estime que 99 % des gens respirent un air qui dépasse ses valeurs guides.

Qu'est-ce que le mouvement des Villes-santé de l'OMS ?

Une initiative mondiale lancée en 1986 qui encourage les villes à placer la santé au cœur de toutes leurs politiques et de leur planification.