Les idées qui aident les villes africaines à réduire leurs déchets
Récompenses pour le recyclage, interdiction du plastique, compost, récupérateurs de déchets et art de la récup : les idées les plus astucieuses qui aident les villes africaines à réduire leurs déchets — et ce qui doit encore changer.
Chaque jour, les villes africaines produisent des montagnes de déchets : sacs plastiques, bouteilles, restes alimentaires, emballages, vieux téléphones, gravats de chantier. Avec la croissance rapide des villes, ces montagnes ne cessent de grossir.
Le rapport « What a Waste 2.0 » de la Banque mondiale prévoyait que les déchets en Afrique subsaharienne pourraient à peu près tripler d'ici 2050. Une grande partie n'est pas collectée, et une bonne part de ce qui l'est finit dans des décharges à ciel ouvert.
Mais partout sur le continent, des gens ripostent avec des idées ingénieuses — certaines high-tech, beaucoup d'une simplicité remarquable.
Quelles idées aident les villes africaines à réduire leurs déchets — et que pouvons-nous tous en apprendre ?
L'ampleur du défi
- Le rapport du PNUE sur la gestion des déchets en Afrique (Africa Waste Management Outlook, 2018) a constaté qu'une grande part des déchets en Afrique finit dans des décharges sauvages et que seule une petite part (souvent estimée autour de 4 %) est recyclée.
- Les déchets organiques (restes alimentaires, déchets verts) représentent souvent plus de la moitié des déchets municipaux dans les villes africaines — une immense occasion pour le compostage.
- La pollution plastique progresse vite : elle bouche les caniveaux, nuit aux animaux et pollue les océans.
Données : Organiques/alimentaires ~57 % · Plastique ~13 % · Papier et carton ~9 % · Verre ~3 % · Métal ~2 % · Autres ~16 %
Idée 1 : payer les gens pour recycler
À Lagos, au Nigeria, Bilikiss Adebiyi-Abiola a cofondé Wecyclers en 2012. Des collecteurs à vélo cargo ramassaient les matières recyclables chez les ménages, qui gagnaient des points échangeables contre des récompenses comme de la nourriture, des articles ménagers ou du crédit téléphonique.
L'idée était simple : faire en sorte que recycler rapporte quelque chose. Wecyclers a touché des milliers de ménages et reçu des prix internationaux. Nous avons raconté cette histoire dans Ces personnes qui rendent les villes africaines plus agréables à vivre.
Des modèles similaires, où les déchets ont une valeur, existent à travers l'Afrique — du rachat des bouteilles en plastique à l'échange de déchets contre des frais de scolarité ou une assurance santé dans certains programmes pilotes.
Idée 2 : interdire les sacs plastiques à usage unique
De nombreux pays africains ont interdit ou restreint les sacs plastiques. Le Rwanda les a interdits en 2008 — l'une des toutes premières interdictions au monde. Le Kenya a instauré en 2017 l'une des interdictions les plus strictes du monde, assortie de lourdes sanctions.
Le PNUE a relevé que l'Afrique compte parmi les régions ayant le plus grand nombre de pays dotés d'interdictions ou de restrictions sur les sacs plastiques.
Les interdictions ne sont pas parfaites — leur application varie, et la contrebande existe. Mais là où elles fonctionnent, les rues et les caniveaux deviennent visiblement plus propres, et les gens adoptent les sacs réutilisables.
Pause humour : quand le Kenya a interdit les sacs plastiques, on aurait vu un homme transporter ses courses dans son chapeau, dans sa chemise et dans ses bras. Sa femme lui a dit : « La prochaine fois, prends le panier. » Il a répondu : « Quel panier ? » Elle a dit : « Celui dont ta grand-mère s'est servie pendant 40 ans. » Innover, c'est parfois se souvenir.
Idée 3 : reconnaître les récupérateurs de déchets
Partout en Afrique, des récupérateurs informels collectent, trient et revendent des matières recyclables. Ils sont souvent la colonne vertébrale du recyclage — et pourtant ils travaillent dans des conditions dangereuses, gagnent peu et sont stigmatisés.
Des villes et des organisations commencent à les reconnaître :
- En intégrant les récupérateurs aux systèmes officiels de collecte.
- En leur fournissant des équipements de protection et des cartes d'identification.
- En organisant des coopératives pour obtenir de meilleurs prix.
En Afrique du Sud, l'African Reclaimers Organisation défend les droits et la reconnaissance des récupérateurs. Reconnaître les récupérateurs améliore les taux de recyclage et leur dignité.
« L'"ailleurs" n'existe pas. Quand nous jetons quelque chose, cela doit bien aller quelque part. » — Annie Leonard, The Story of Stuff
Idée 4 : composter les déchets organiques
Comme les déchets organiques représentent une si grande part des déchets urbains, le compostage est une immense occasion :
- Le compostage domestique pour les jardins.
- Le compostage sur les marchés (les marchés produisent chaque jour des tonnes de déchets végétaux).
- Des sites de compostage municipaux.
- L'élevage de mouches soldats noires : les larves mangent les déchets organiques et deviennent de l'alimentation animale — une activité en plein essor au Kenya, au Ghana, au Nigeria et ailleurs.
Le compost améliore les sols pour l'agriculture urbaine et réduit le méthane émis par les décharges.
Idée 5 : transformer les déchets en produits
Des entrepreneurs transforment les déchets en produits de valeur :
- Le plastique en matériaux de construction : des entreprises au Kenya (comme Gjenge Makers, fondée par Nzambi Matee) transforment les déchets plastiques en pavés.
- Le plastique en meubles, en vêtements et en accessoires.
- Les pneus en sandales et en meubles.
- Le verre en perles (un artisanat traditionnel au Ghana — les perles krobo sont souvent fabriquées à partir de verre recyclé).
- Les déchets électroniques en appareils réparés et en métaux récupérés. Voir Pourquoi les compétences de réparation comptent pour l'avenir technologique de l'Afrique.
Idée 6 : l'art à partir des déchets
Des artistes transforment les déchets en déclarations fortes :
- L'artiste béninois Romuald Hazoumè fabrique des masques à partir de bidons en plastique. Voir Les artistes qui racontent le Bénin d'aujourd'hui.
- L'artiste ghanéen El Anatsui crée d'immenses sculptures chatoyantes à partir de capsules de bouteilles et d'aluminium, exposées dans de grands musées du monde entier.
- Des ateliers d'art de récupération dans les écoles développent la créativité et la conscience environnementale.
L'art change la façon dont on voit les déchets : non plus comme des ordures, mais comme une matière.
Note : Graphique conceptuel.
Idée 7 : de meilleurs systèmes de collecte
On ne peut pas recycler des déchets qui ne sont pas collectés. Les villes améliorent la collecte grâce à :
- La pré-collecte en porte-à-porte par de petites entreprises (courante dans les villes d'Afrique de l'Ouest, dont Cotonou).
- Des poubelles séparées pour les déchets organiques et recyclables.
- Des applications mobiles et l'USSD pour programmer les ramassages et les paiements.
- Des points de collecte communautaires.
À Cotonou, la SGDS coordonne la gestion des déchets et la salubrité dans le Grand Nokoué, en lien avec les services de pré-collecte. Voir Ce qu'il faut pour garder une rue propre ensemble.
Idée 8 : la responsabilité élargie du producteur (REP)
La REP signifie que les entreprises qui produisent des emballages sont responsables de leur collecte et de leur recyclage. Plusieurs pays africains — dont le Kenya, l'Afrique du Sud et le Nigeria — ont adopté ou élaboré des règles de REP pour les emballages.
L'idée : si une entreprise de boissons vend des millions de bouteilles, elle devrait contribuer à financer leur collecte et leur recyclage — et ne pas tout laisser aux villes et aux citoyens.
Ce qui doit encore changer
Malgré d'excellentes idées, de grands défis demeurent :
- Des financements limités pour les systèmes de gestion des déchets.
- Une application insuffisante des règles.
- Les dépôts sauvages et le brûlage.
- Des débouchés faibles pour le recyclage de certaines matières.
- Les importations de biens d'occasion et de déchets électroniques.
- Le manque de données sur les déchets.
Les solutions exigent que gouvernements, entreprises, communautés et individus travaillent ensemble.
Ce que vous pouvez faire
- Refuser : dites non aux sacs plastiques et aux pailles quand vous le pouvez.
- Réduire : achetez moins d'emballages ; achetez en vrac.
- Réutiliser : resservez-vous des contenants, des sacs et des bouteilles.
- Réparer : réparez avant de remplacer.
- Recycler : donnez les plastiques, les métaux et le verre aux collecteurs.
- Composter : transformez les restes alimentaires en terreau.
- Soutenir : achetez auprès d'entreprises qui utilisent des matériaux recyclés.
- Prendre la parole : demandez à votre commune une meilleure collecte et un meilleur recyclage.
Un projet de quartier illustratif
Dans un quartier de Cotonou (exemple illustratif), un groupe de jeunes s'associe à un service de pré-collecte et à un recycleur de plastique. Ils donnent à chaque ménage deux sacs : un pour les plastiques, un pour tout le reste. Toutes les deux semaines, les sacs de plastique sont collectés et pesés. Les ménages gagnent des points convertibles en crédit téléphonique.
Au bout de six mois, le groupe a collecté plusieurs tonnes de plastique, les caniveaux du quartier sont plus dégagés et trois jeunes ont trouvé un emploi de collecteur. Le projet n'est pas parfait — certains ménages oublient, et le prix du plastique monte et descend —, mais il prouve que les déchets peuvent être une ressource.
L'eau en sachet : un dilemme très ouest-africain
Dans de nombreuses villes d'Afrique de l'Ouest, l'eau potable vendue en petits sachets plastiques (« pure water ») est bon marché, pratique et omniprésente. Elle permet à des millions de personnes d'accéder à l'eau potable. Mais chaque sachet devient un petit déchet plastique — et il s'en utilise des milliards chaque année.
Des idées pour en réduire l'impact :
- Des dispositifs de collecte qui rachètent les sachets usagés, lesquels peuvent être recyclés en nouveaux produits plastiques.
- Encourager les récipients d'eau réutilisables là où l'eau potable est disponible.
- Améliorer l'approvisionnement public en eau pour que moins de gens aient besoin de sachets. Voir L'eau potable et les choix que font les communautés.
- La responsabilité du producteur : que les entreprises d'eau en sachet financent la collecte et le recyclage.
Le sachet montre que les problèmes de déchets sont souvent liés à d'autres problèmes — ici, l'accès à l'eau potable. Les vraies solutions prennent en compte les deux.
Les écoles, championnes de la lutte contre les déchets
Les écoles sont des lieux puissants pour changer les habitudes :
- Des poubelles séparées pour le plastique, le papier et les déchets organiques.
- Une fosse à compost qui alimente le jardin de l'école.
- Des concours de recyclage entre classes.
- Des projets artistiques à partir de déchets.
- Des élèves qui transmettent ces gestes à leur famille.
Les enfants qui apprennent à trier et à réduire les déchets deviennent souvent la « police des déchets » de la famille. Les parents râlent parfois — mais les habitudes se répandent. Voir Comment les enseignants font entrer les vrais problèmes dans leurs cours.
Un déchet, c'est une ressource au mauvais endroit
Les villes africaines font face à un défi des déchets — mais aussi à une immense occasion. Chaque bouteille, chaque sac, chaque peau de banane peut devenir un emploi, un produit, du compost ou une œuvre d'art. Les idées existent déjà. La prochaine étape, c'est de les faire grandir.
Poursuivez votre lecture : Comment une petite action communautaire prend de l'ampleur, Le travail caché derrière un produit fabriqué en Afrique, et notre rubrique Afrique & Action.
Questions fréquentes
Quelle part des déchets est recyclée en Afrique ?
Seulement une petite part — le PNUE a cité environ 4 % —, tandis qu'une grande partie des déchets finit dans des décharges à ciel ouvert ou n'est pas collectée.
Quels pays africains ont interdit les sacs plastiques ?
Beaucoup, dont le Rwanda (2008) et le Kenya (2017) ; des dizaines de pays africains appliquent des interdictions ou des restrictions.
Qu'est-ce que la responsabilité élargie du producteur ?
Une politique qui rend les producteurs responsables de la collecte et du recyclage des emballages qu'ils mettent sur le marché.
