ContactApprendre. Décider. Agir. Pour l’Afrique.
Portraits

Ce qui se passe quand un quartier résout lui-même son problème

De Map Kibera à l'Umuganda rwandais, découvrez ce qui se passe vraiment quand des voisins règlent eux-mêmes un problème — les réussites, les disputes et les leçons.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 10 minutes

Chaque quartier a « son » problème. Le nid-de-poule qui avale les motos. Le coin sombre où personne ne passe la nuit. Le point d'eau qui ne fonctionne que quand il en a envie. Tout le monde se plaint. Tout le monde attend. Et puis, un jour, quelqu'un dit : « Et si on le réglait nous-mêmes ? »

Cette phrase change les choses. Parfois, elle débouche sur un nouveau caniveau, un marché plus propre, une carte, une bibliothèque scolaire ou une patrouille de quartier. Parfois, elle débouche sur des disputes, de l'argent perdu et une réunion très gênante. Le plus souvent, elle débouche un peu sur les deux.

Que se passe-t-il vraiment quand des voisins ordinaires décident de résoudre un problème par eux-mêmes — et qu'est-ce qui fait la différence entre réussite et déception ?

Première étape : quelqu'un arrête d'attendre

Les projets communautaires commencent rarement par un grand plan. Ils commencent par la frustration. Dans de nombreuses villes africaines, la population augmente plus vite que les services publics. Le Département des affaires économiques et sociales des Nations unies prévoit que la population africaine passera d'environ 1,5 milliard d'habitants aujourd'hui à environ 2,5 milliards d'ici 2050. Les villes absorbent une grande part de cette croissance.

Quand les services ne suivent pas, les voisins comblent le vide. Ils paient la pré-collecte des ordures, creusent des caniveaux, réparent de petites routes, organisent des groupes de veille nocturne et créent des tontines. Les chercheurs parlent de « développement piloté par les communautés », et la Banque mondiale a soutenu des milliers de projets de ce type sur le continent.

Premier récit : Kibera se dessine sur la carte

En 2009, Kibera, à Nairobi — l'un des plus grands quartiers informels d'Afrique — apparaissait sur la plupart des cartes comme un espace gris vide. Pas de rues, pas d'écoles, pas de dispensaires. Rien du tout.

Un projet appelé Map Kibera a changé cela. De jeunes habitants ont été formés à l'utilisation d'appareils GPS et d'OpenStreetMap, une carte du monde libre et modifiable par tous. Ils ont parcouru leurs propres rues et recensé les dispensaires, points d'eau, toilettes, écoles et dangers. En quelques semaines, l'« espace vide » est devenu l'une des zones les mieux cartographiées de la ville.

Et ensuite ? Les habitants ont utilisé la carte pour montrer aux responsables où les services manquaient. Les ONG s'en sont servies pour planifier. Les journalistes, pour leurs reportages. Un quartier qui était invisible est devenu visible — parce qu'il s'est décrit lui-même. Nous évoquons cette histoire dans Ces personnes qui rendent les villes africaines plus agréables à vivre.

Leçon : parfois, le premier problème à résoudre est celui de l'information. Si personne ne peut voir le problème, personne ne peut financer la solution. Pour en savoir plus, lisez Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information.

Deuxième récit : un pays qui nettoie ensemble

L'Umuganda au Rwanda, c'est le travail communautaire à l'échelle nationale. Le dernier samedi de chaque mois, les citoyens âgés de 18 à 65 ans participent le matin à des travaux d'intérêt collectif — nettoyer les rues, construire des salles de classe, planter des arbres, réparer des routes. Ensuite, les voisins tiennent une réunion pour discuter des questions locales.

Le Rwanda Governance Board a estimé la valeur des travaux de l'Umuganda à plusieurs dizaines de millions de dollars américains au fil des ans. Mais le résultat le plus important est peut-être social : chaque mois, les gens se rencontrent, discutent et résolvent ensemble de petits problèmes.

L'Umuganda montre aussi une limite : il fonctionne en partie parce que le gouvernement l'organise et attend une participation. Les projets purement bénévoles ont besoin d'autres sources de motivation. Pour une version à l'échelle d'une rue, voir Ce qu'il faut pour garder une rue propre ensemble.

Troisième récit : le moment « Set Setal » au Sénégal

En 1990, des jeunes de Dakar ont lancé un mouvement appelé Set Setal, qui signifie à peu près « être propre, rendre propre » en wolof. Ils ont nettoyé les rues, peint des fresques, donné à des espaces publics le nom de héros locaux et reconquis des recoins insalubres.

Les fresques étaient l'idée astucieuse. Une fois qu'un mur est orné d'un beau portrait, les gens cessent de jeter leurs ordures à côté. L'art protégeait le nettoyage. Certaines de ces fresques restent dans les mémoires comme un moment clé de la culture urbaine dakaroise. Cela rappelle que l'art et l'action vont souvent de pair — voir Comment une petite action communautaire prend de l'ampleur.

Pause humour : un habitant de Dakar aurait dit : « Avant la fresque, les gens jetaient leurs ordures ici. Après la fresque, ils avaient l'impression que la grand-mère peinte les surveillait. » Ne sous-estimez jamais le pouvoir d'une grand-mère peinte.

Ce qui se passe généralement ensuite (la version honnête)

Quand un quartier résout lui-même son problème, un schéma apparaît souvent. Le voici :

La courbe d'énergie typique d'un projet communautaire (illustration)

Note : Schéma illustratif décrit par de nombreux praticiens du développement communautaire ; il ne s'agit pas de données mesurées.

  • L'enthousiasme. Tout le monde vient à la première réunion. Les idées fusent. Quelqu'un propose d'apporter un groupe électrogène.
  • La première action. La rue est nettoyée, le caniveau creusé, la carte dessinée. On prend des photos.
  • Le creux. Trois semaines plus tard, moins de gens viennent. Les questions d'argent commencent. « Qui garde les cotisations ? »
  • Le moment de décision. Soit le groupe se dote de règles simples — un trésorier, une réunion mensuelle, une liste écrite —, soit il s'étiole peu à peu.

Les projets qui survivent au creux ont généralement trois choses : un petit objectif clair, des résultats visibles et des comptes ouverts à tous.

Les bénéfices cachés que personne ne prévoit

Les projets de quartier produisent souvent des effets secondaires plus précieux que l'objectif de départ :

  • La confiance. Des gens qui ont creusé un caniveau ensemble sont plus enclins à se prêter de l'argent, à surveiller les enfants des uns et des autres et à partager des informations.
  • Les compétences. Quelqu'un apprend à animer une réunion. Quelqu'un apprend la comptabilité. Un adolescent apprend à parler aux autorités.
  • La voix. Un groupe qui a déjà réalisé quelque chose est pris plus au sérieux par la mairie.
  • La fierté. Une rue propre, ça se ressent. Les gens balaient plus souvent devant leur propre porte.

Le politologue Robert Putnam a appelé ces liens le « capital social » — la valeur créée par des réseaux de personnes qui se font confiance.

« Le capital social désigne les liens entre les individus — les réseaux sociaux et les normes de réciprocité et de confiance qui en découlent. » — Robert D. Putnam, Bowling Alone (2000)

Quand ça tourne mal

L'honnêteté compte, alors voici les problèmes courants :

  • Une seule personne fait tout et s'épuise. (Notre article Une journée avec une organisatrice communautaire à Cotonou montre à quel point cette charge peut être lourde.)
  • De l'argent disparaît ou n'est pas justifié. La confiance s'effondre.
  • Le projet remplace un service que l'État devrait fournir, et les responsables cessent de faire des efforts.
  • Certains groupes (souvent les femmes, les jeunes ou les locataires) sont exclus des décisions.
  • La solution tombe en panne et personne n'a l'argent ni les compétences pour la réparer.

Ce dernier cas est fréquent avec les pompes à eau. Des recherches du Rural Water Supply Network ont estimé qu'une grande partie des pompes manuelles d'Afrique subsaharienne sont hors service à un moment donné — souvent parce que personne n'avait prévu l'entretien. Une solution a besoin d'un propriétaire, pas seulement d'un constructeur.

La recette : ce que font les quartiers qui réussissent

D'un récit à l'autre, les groupes qui réussissent ont tendance à :

  • Choisir un problème visible par tous.
  • Fixer un objectif qui tient en une phrase.
  • Répartir les tâches pour que personne ne porte tout seul.
  • Tenir des comptes transparents — les lire à voix haute, les publier dans le groupe de discussion.
  • Célébrer les victoires visibles avec des photos et des remerciements.
  • Inviter les responsables à constater le résultat, puis demander l'étape suivante.
  • Prévoir les réparations et l'entretien dès le premier jour.
  • Mesurer si cela a fonctionné. Voir Comment mesurer si une initiative a vraiment aidé.
8 signes que votre projet de quartier va durer

Essayez là où vous vivez

Pas besoin d'un gros budget pour commencer. Prenez la plus petite version du problème de votre quartier et testez une solution le temps d'un week-end :

  • Si la rue est sale, nettoyez 50 mètres et voyez qui vous rejoint.
  • Si le coin est sombre, demandez à un ménage de laisser une lumière allumée et voyez si les gens se sentent plus en sécurité.
  • Si les enfants n'ont nulle part où lire, déposez une caisse de livres donnés dans une boutique et voyez qui les emprunte. (Les bibliothèques commencent souvent ainsi — voir Ces personnes qui font vivre les bibliothèques publiques.)

Un petit test vous donne une preuve. La preuve vous donne des alliés. Les alliés vous donnent un projet plus grand.

Travailler avec les responsables, pas contre eux

Une erreur courante consiste à voir un projet de quartier comme un combat contre la mairie. Parfois, la pression est nécessaire. Mais la plupart des projets qui réussissent trouvent un moyen de travailler avec les responsables.

Voici pourquoi : les responsables disposent souvent de ressources que les voisins n'ont pas — camions, autorisations légales, budgets, ingénieurs. Les voisins ont ce que les responsables n'ont pas — la connaissance du terrain, des bénévoles et une présence quotidienne. Réunissez-les et vous obtenez quelque chose qu'aucun des deux ne peut faire seul.

Conseils pratiques :

  • Invitez le conseiller local ou le chef de quartier à votre première journée d'action. Donnez-lui un moment pour prendre la parole.
  • Partagez des photos et des chiffres après chaque action : « Nous avons dégagé 200 mètres de caniveau avec 35 bénévoles. »
  • Demandez une chose précise à la fois : un camion pour emporter les ordures collectées, une autorisation, une ampoule.
  • Remerciez publiquement quand ils vous aident. On répète ce qui est salué.

Les chercheurs parlent parfois de « coproduction » : citoyens et pouvoirs publics produisent ensemble un service public. Dans de nombreuses villes africaines, c'est ainsi que fonctionnent réellement la collecte des déchets, les kiosques à eau et les programmes de santé communautaire. Notre article Comment les agents de santé communautaires atteignent les familles montre la même idée dans le domaine de la santé.

Le quartier comme équipe

Quand un quartier résout lui-même son problème, le nid-de-poule, le caniveau ou la carte ne sont qu'une partie de l'histoire. Le vrai résultat, c'est un groupe de personnes qui savent désormais qu'elles peuvent agir. Ce savoir ne disparaît pas. Il attend le prochain problème.

Comme le dit un vieux proverbe : « Les bâtons en fagot sont incassables. » Pris un par un, les voisins peuvent être ignorés. Ensemble, ils sont difficiles à négliger.

Découvrez-en plus dans notre rubrique Portraits ou notre rubrique Afrique & Action.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que le développement piloté par les communautés ?

C'est une approche dans laquelle les habitants décident, gèrent et contribuent souvent à construire des projets qui améliorent leur propre quartier, parfois avec des financements extérieurs.

Qu'était Map Kibera ?

Un projet lancé en 2009 dans lequel de jeunes habitants de Kibera, à Nairobi, ont cartographié leur propre quartier à l'aide du GPS et d'OpenStreetMap, rendant visibles les écoles, les dispensaires et les points d'eau.

Qu'est-ce que l'Umuganda au Rwanda ?

Une journée nationale mensuelle de travaux communautaires, organisée le dernier samedi du mois et suivie de réunions de quartier.