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Portraits

Ces personnes qui font vivre les bibliothèques publiques

Bibliothécaires, bénévoles et sauveteurs de manuscrits gardent ouvertes les bibliothèques d'Afrique. Rencontrez-les, découvrez les chiffres et apprenez à créer une mini-bibliothèque.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 10 minutes

Une bibliothèque est une chose étrange et merveilleuse. C'est une pièce où l'on peut voyager jusqu'à Mars, débattre avec un philosophe mort il y a 2 000 ans, apprendre à réparer un vélo et rencontrer une araignée qui parle, nommée Anansi — le tout gratuitement, et avant le déjeuner.

Mais les bibliothèques ne restent pas ouvertes toutes seules. Derrière chaque bibliothèque, il y a quelqu'un qui déverrouille la porte, répare les pages déchirées, relance les emprunteurs qui ont « oublié » de rendre un livre pendant huit mois et lit des histoires à voix haute aux enfants le samedi matin.

Dans de nombreux pays africains, les bibliothèques publiques font face à de vraies difficultés : petits budgets, livres anciens, peu de personnel, électricité peu fiable. Pourtant, elles survivent — et certaines prospèrent — grâce à des personnes déterminées.

Qui sont les personnes qui font vivre les bibliothèques en Afrique, et que pouvons-nous apprendre d'elles ?

Pourquoi les bibliothèques comptent encore à l'ère du téléphone

« Pourquoi avons-nous besoin de bibliothèques alors que nous avons des smartphones ? » La question est légitime. Voici quelques réponses :

  • Tout le monde n'a pas internet. L'Union internationale des télécommunications (UIT) estime que seulement 36 à 38 % environ des habitants d'Afrique utilisent internet. Les bibliothèques peuvent offrir des livres, du Wi-Fi et des ordinateurs à ceux qui n'en ont pas chez eux.
  • Les enfants ont besoin de livres pour apprendre à lire. La Banque mondiale estime qu'environ 9 enfants de 10 ans sur 10 en Afrique subsaharienne ne savent pas lire et comprendre un texte simple — un problème qu'elle appelle la « pauvreté des apprentissages ».
  • Les bibliothèques sont des lieux sûrs et calmes pour étudier, en particulier pour les jeunes qui partagent de petits logements.
  • Les bibliothécaires aident les gens à trouver des informations fiables — un enjeu majeur à l'ère des fausses informations. Voir Comment lire une affirmation sur la santé partagée en ligne.
Pauvreté des apprentissages par région (part des enfants de 10 ans incapables de lire un texte simple)

Données : Afrique subsaharienne ~89 % · Asie du Sud ~78 % · Amérique latine et Caraïbes ~79 % · Europe et Asie centrale ~13 % (valeurs approximatives)

Les sauveteurs de manuscrits de Tombouctou

L'une des histoires de bibliothèques les plus spectaculaires au monde nous vient du Mali.

Tombouctou est un centre du savoir depuis des siècles. Des familles y conservaient des centaines de milliers de manuscrits anciens — sur l'astronomie, les mathématiques, la médecine, le droit, la poésie et la religion —, dont certains remontent au XIIIe siècle.

En 2012, des groupes armés ont occupé Tombouctou. Beaucoup craignaient que les manuscrits ne soient détruits. Un bibliothécaire et collectionneur nommé Abdel Kader Haïdara a organisé un sauvetage secret. Avec un réseau de bénévoles, les manuscrits ont été emballés dans des malles métalliques et transportés, souvent cachés dans des voitures et des bateaux, jusqu'à Bamako. Des centaines de milliers de manuscrits ont été sauvés. Certains manuscrits d'une bibliothèque ont été brûlés, mais la grande majorité a survécu.

Cette histoire a été racontée dans le livre « The Bad-Ass Librarians of Timbuktu » du journaliste Joshua Hammer. Le titre est un brin effronté, mais le message est sérieux : les bibliothécaires peuvent être des héros.

« Ces manuscrits montrent que l'Afrique avait une culture écrite bien avant la colonisation. » — message central répété par les gardiens des manuscrits de Tombouctou (paraphrase)

La bibliothécaire du quotidien

La plupart des héros des bibliothèques n'ont pas d'histoires spectaculaires. Ils ont des mardis.

Prenons une bibliothécaire fictive que nous appellerons Mme Adjovi (personnage d'illustration), qui dirige une petite bibliothèque municipale dans une ville du Bénin. Sa journée comprend :

  • L'ouverture à 8 h et la vérification de l'électricité.
  • L'inscription de nouveaux membres, surtout des élèves du secondaire.
  • La réparation de livres déchirés avec du ruban adhésif et de la patience.
  • L'animation d'une heure de lecture pour les enfants du primaire.
  • L'aide à un vieil homme qui cherche un livre sur l'agriculture.
  • La rédaction d'une lettre de demande de nouveaux livres — encore une fois.

Elle touche un salaire modeste. Ses étagères sont à moitié pleines. Beaucoup de livres sont de vieilles éditions françaises. Mais chaque jour, 30 à 50 jeunes viennent étudier, parce que c'est calme, qu'il y a des tables, et qu'elle est là.

Pause humour : la règle d'or de Mme Adjovi est simple : « Vous pouvez parler aux livres dans votre tête, mais pas à voix haute. » Un jour, un enfant de 12 ans lui a demandé ce qui se passait si c'était le livre qui vous parlait en premier. Elle a répondu : « Alors, c'est que tu le lis correctement. »

Des bibliothèques créatives qui vont vers les gens

Quand les gens ne peuvent pas venir à la bibliothèque, certaines bibliothèques vont vers eux :

  • Des boîtes à livres et des « petites bibliothèques libres » dans des boutiques, des écoles et des marchés.
  • Des bibliothèques mobiles : au Kenya, le Kenya National Library Service a fait connaître son usage de chameaux pour transporter des livres vers des communautés isolées du nord-est. Des bibliothèques en charrette à âne ont également desservi le Zimbabwe rural.
  • Des bibliothèques numériques : des applications gratuites comme Worldreader apportent des livres électroniques sur les téléphones. Des projets comme African Storybook proposent des albums illustrés gratuits, sous licence libre, dans de nombreuses langues africaines.
  • Des bibliothèques de classe : une étagère de 50 livres dans chaque classe peut faire une grande différence.

Ces idées montrent que l'élément le plus important d'une bibliothèque n'est pas le bâtiment. C'est le lien entre les lecteurs et les livres.

Cinq façons dont les bibliothèques atteignent les lecteurs

Note : Infographie explicative, sans données.

Des bibliothèques en langues locales

Dans de nombreux pays africains, les enfants apprennent à lire dans une langue qu'ils parlent rarement à la maison. L'UNESCO estime qu'environ 40 % de la population mondiale n'a pas accès à un enseignement dans une langue qu'elle parle ou comprend.

Les bibliothèques et les éditeurs qui proposent des livres en langues locales — fon, yoruba, wolof, swahili, haoussa, lingala et autres — aident les enfants à apprendre à lire plus vite et à y prendre davantage de plaisir. Le projet African Storybook, par exemple, héberge des milliers d'histoires gratuites dans des dizaines de langues africaines.

Nous abordons ce sujet plus en détail dans L'importance de conserver les récits africains dans les langues locales.

Ce qui fait tenir les héros des bibliothèques

Quand on demande aux bibliothécaires et aux bénévoles pourquoi ils continuent, les mêmes raisons reviennent :

  • « Je vois une enfant qui ne savait pas lire l'an dernier lire maintenant à son petit frère. »
  • « Des élèves réussissent leurs examens parce qu'ils ont eu un endroit calme pour étudier. »
  • « Les livres sont le seul endroit où certains enfants peuvent voir une autre vie. »
« Une bibliothèque n'est pas un luxe, mais l'une des nécessités de la vie. » — Henry Ward Beecher

Ces motivations comptent. Mais la passion seule ne peut pas payer les livres, les toits et l'électricité. Les bibliothèques ont aussi besoin de budgets, de partenariats et du soutien du public.

Comment les communautés peuvent soutenir leur bibliothèque

Pas besoin d'être bibliothécaire pour aider. Voici des actions concrètes :

  • Donnez de bons livres — surtout des livres pour enfants, des livres de sciences et des livres d'auteurs africains. Pas de vieux annuaires téléphoniques.
  • Proposez-vous pour une heure de lecture. Lire à voix haute aux enfants est simple et puissant.
  • Organisez une collecte de livres dans votre école, votre église, votre mosquée ou votre entreprise.
  • Réparez quelque chose : une étagère, un ventilateur, un toit qui fuit.
  • Prenez la parole lors des réunions locales au sujet des budgets des bibliothèques. Voir Comment les jeunes peuvent participer aux décisions locales.
  • Fréquentez la bibliothèque. Une bibliothèque qui accueille plus de visiteurs est plus facile à défendre.

Comment créer une mini-bibliothèque

S'il n'y a pas de bibliothèque près de chez vous, commencez petit :

  • Trouvez un espace sûr : un coin de boutique, une salle de classe, une salle paroissiale.
  • Rassemblez 50 à 100 livres. Sollicitez vos amis, des écoles et des organisations.
  • Préparez un cahier d'emprunt simple : nom, livre, date de sortie, date de retour.
  • Choisissez deux ou trois bénévoles réguliers.
  • Fixez des heures d'ouverture — même si ce n'est que le samedi matin.
  • Ajoutez une activité de lecture pour les enfants afin d'attirer les familles.

Beaucoup de bibliothèques célèbres ont commencé sur l'étagère de quelqu'un. Pour un guide étape par étape sur la manière de faire grandir une petite idée, lisez Comment une petite action communautaire prend de l'ampleur.

La bibliothèque de demain a un autre visage

Partout dans le monde, les bibliothèques évoluent, et les bibliothèques africaines participent à ce changement. Beaucoup proposent désormais :

  • Un accès au Wi-Fi et à des ordinateurs pour les candidatures, les recherches scolaires et les cours en ligne.
  • Des coins « maker » avec des kits d'électronique simples, des machines à coudre ou du matériel d'artisanat. (Voir Ces makers africains qui enseignent ce qu'ils savent.)
  • Des clubs de devoirs avec des tuteurs bénévoles.
  • Des événements communautaires : lancements de livres, débats, projections de films, soirées de poésie.
  • Des collections numériques de journaux locaux, de photos et de témoignages oraux — pour que la mémoire d'une ville soit préservée pour l'avenir.

Des organisations comme l'African Library and Information Associations and Institutions (AfLIA) soutiennent les bibliothécaires de tout le continent par la formation et la mise en réseau. L'idée est simple : une bibliothèque devrait être le bâtiment le plus utile de la ville, pas le plus silencieux.

Ce que les jeunes lecteurs peuvent faire

Les jeunes ne sont pas seulement des usagers des bibliothèques — ils peuvent aussi les bâtir :

  • Lancer un club de lecture à l'école et se réunir à la bibliothèque.
  • Rédiger de courtes critiques de livres et les épingler sur l'étagère : « Si tu as aimé celui-ci, essaie celui-là. »
  • Enregistrer des aînés en train de raconter des histoires et en remettre des copies à la bibliothèque.
  • Apprendre aux visiteurs plus âgés à utiliser les ordinateurs de la bibliothèque.
  • Lancer un défi entre amis : qui lira le plus de livres ce trimestre ?

Pause humour : un jour, un élève a rendu un livre sur la procrastination avec six mois de retard. La bibliothécaire a simplement dit : « Eh bien, au moins, tu l'as compris. »

Les gardiens de l'avenir

Les bibliothèques conservent le passé, mais elles parlent en réalité de l'avenir. Chaque livre emprunté est un petit pari : que quelqu'un va grandir, apprendre ou changer d'avis.

La prochaine fois que vous entrerez dans une bibliothèque, dites merci à la personne au comptoir. Elle exerce peut-être, en silence, l'un des métiers les plus importants de votre ville.

D'autres histoires : Ces makers africains qui enseignent ce qu'ils savent (William Kamkwamba a construit son éolienne grâce à un livre de bibliothèque), Quelles histoires les enfants africains devraient-ils entendre en grandissant ?, et notre rubrique Portraits.

Questions fréquentes

Pourquoi les bibliothèques sont-elles importantes en Afrique ?

Elles donnent un accès gratuit aux livres, à des espaces d'étude, à des ordinateurs et à des informations fiables — ce qui est particulièrement important là où beaucoup de gens n'ont ni internet ni livres chez eux.

Qui a sauvé les manuscrits de Tombouctou ?

Le bibliothécaire et collectionneur Abdel Kader Haïdara a dirigé un réseau qui a secrètement transféré des centaines de milliers de manuscrits de Tombouctou à Bamako en 2012-2013.

Comment créer une bibliothèque communautaire ?

Trouvez un espace sûr, rassemblez 50 à 100 bons livres, mettez en place un cahier d'emprunt simple, recrutez des bénévoles et fixez des heures d'ouverture régulières.