Ces makers africains qui enseignent ce qu'ils savent
De la radio de Kelvin Doe aux fab labs et aux tutoriels YouTube, rencontrez des makers africains qui partagent ouvertement leurs savoir-faire — et découvrez comment enseigner ce que vous savez.
Il existe dans chaque quartier un genre de personne bien particulier. Elle répare des radios que les boutiques avaient déclarées mortes. Elle fabrique des chaises avec de vieilles palettes. Elle bricole un chargeur de téléphone à partir d'un vélo. Et quand un enfant reste planté là à la regarder, elle ne lui dit pas « va-t'en ». Elle lui dit : « Viens, tiens ça. »
Ces personnes sont des makers — des faiseurs, des bricoleurs-inventeurs. Et les meilleurs d'entre eux ne se contentent pas de fabriquer des objets. Ils fabriquent d'autres makers.
Qui sont les makers africains qui transforment leurs compétences en leçons — et que pouvons-nous tous apprendre de leur façon d'enseigner ?
Au fait, qu'est-ce qu'un « maker » ?
Un maker est toute personne qui construit, répare ou invente des choses avec ses mains et sa tête : électronique, meubles, vêtements, outils, robots, art, applications. Le « mouvement maker » est le nom donné, à l'échelle mondiale, aux personnes qui partagent leur manière de fabriquer — souvent gratuitement, en ligne ou dans des ateliers communautaires.
L'Afrique a toujours eu des makers. Forgerons, tisserands, potiers et sculpteurs fabriquaient des outils et des œuvres d'art bien avant que le mot « maker » ne devienne à la mode. Ce qui est nouveau, c'est que les makers d'aujourd'hui peuvent enseigner à des milliers de personnes à la fois grâce aux vidéos, aux réseaux sociaux et aux ateliers partagés.
Kelvin Doe : l'adolescent qui a construit une station de radio
À Freetown, en Sierra Leone, un garçon nommé Kelvin Doe a commencé vers l'âge de 10 ou 11 ans à récupérer des déchets dans les poubelles. À partir de vieilles pièces électroniques, il a appris seul à fabriquer des batteries, un générateur, puis une station de radio communautaire, sur laquelle il animait sous le nom de « DJ Focus ».
En 2012, à 15 ans, il est devenu la plus jeune personne invitée à un programme de praticiens invités au MIT, aux États-Unis. Un court documentaire à son sujet est devenu viral en ligne et a inspiré des jeunes du monde entier.
Ce qui rend l'histoire de Kelvin importante, ce n'est pas seulement ce qu'il a construit. C'est qu'il a expliqué ouvertement comment — avec des déchets, de la curiosité et des essais-erreurs — en encourageant d'autres enfants à essayer. Il a montré qu'on n'a pas besoin d'un laboratoire ; on a besoin d'une question et d'un peu de courage. (Voir Comment faire vivre un club de sciences sans laboratoire.)
William Kamkwamba : apprendre grâce à un livre de bibliothèque
En 2001-2002, le Malawi a connu une terrible famine. Un adolescent nommé William Kamkwamba a dû quitter l'école parce que sa famille ne pouvait plus payer les frais de scolarité. Il s'est rendu dans une petite bibliothèque, y a trouvé un livre intitulé « Using Energy » et a appris seul le fonctionnement des éoliennes.
Avec un vélo cassé, un ventilateur de tracteur, des tuyaux en PVC et du bois d'eucalyptus, il a construit une éolienne qui alimentait des ampoules puis, plus tard, une pompe à eau pour sa famille. Son livre « Le garçon qui dompta le vent » est devenu un best-seller et un film.
« Fais-toi confiance et crois en toi. Quoi qu'il arrive, n'abandonne pas. » — William Kamkwamba
William a ensuite étudié au Dartmouth College et a passé des années à s'adresser aux jeunes. Son histoire relie les makers aux bibliothèques — lisez Ces personnes qui font vivre les bibliothèques publiques.
Les makerspaces : des ateliers qui appartiennent à tous
Un makerspace (ou « fab lab », abréviation de fabrication laboratory, laboratoire de fabrication) est un atelier partagé équipé d'outils comme des imprimantes 3D, des découpeuses laser, des kits électroniques et des outils à main ordinaires. Tout le monde peut y venir, apprendre et construire.
L'Afrique en compte aujourd'hui beaucoup. La Fab Foundation répertorie des fab labs dans des pays comme le Kenya, le Ghana, le Sénégal, le Nigeria, la Côte d'Ivoire, le Togo et le Bénin. Un exemple bien connu est le WoeLab de Lomé, au Togo, fondé par l'architecte Sénamé Koffi Agbodjinou. Le WoeLab s'est fait connaître quand sa communauté a construit la W.Afate, une imprimante 3D à bas coût fabriquée en partie à partir de déchets électroniques.
L'idée derrière ces lieux est simple : les outils coûtent cher, mais les partager ne coûte pas grand-chose. Et quand des gens fabriquent côte à côte, ils s'enseignent mutuellement sans même l'avoir prévu.
Données : Auprès d'une autre personne dans un atelier 45 % · Vidéos en ligne 30 % · École ou formation 15 % · Livres/manuels 10 %
Note : Exemple illustratif destiné à montrer le schéma courant selon lequel l'apprentissage de personne à personne domine ; il ne s'agit pas d'une vraie enquête. Remplacer si possible par un sondage auprès de vos lecteurs.
Comment enseignent les grands makers
En observant des makers enseigner, certains schémas reviennent sans cesse :
- Ils montrent avant d'expliquer. Un bon maker construit un exemple pendant que vous regardez, puis vous tend les outils.
- Ils vous laissent échouer sans danger. Une résistance grillée est une leçon, pas une catastrophe. (Un sourcil grillé, c'est une autre histoire.)
- Ils expliquent le « pourquoi », pas seulement le « comment ». Pourquoi cette colle ? Pourquoi cet angle ? Comprendre permet d'inventer plus tard.
- Ils partagent leurs premières versions ratées. Les makers qui montrent leurs prototypes manqués autorisent les débutants à essayer.
- Ils lancent de petits défis. « Maintenant, rends-le plus rapide. » « Maintenant, moins cher. » « Maintenant, fais-le fonctionner sans électricité. »
Pause humour : chaque maker possède une boîte étiquetée « pièces utiles ». La famille de chaque maker appelle cette même boîte « déchets ». Les deux ont raison.
Ces habitudes pédagogiques correspondent à ce que les éducateurs appellent la « pédagogie par projet ». Lisez Apprendre au-delà des examens : les projets dont les enfants se souviennent pour en savoir plus.
Enseigner en ligne : l'atelier YouTube
De plus en plus de créateurs africains enseignent des savoir-faire en ligne, en anglais, en français et dans les langues locales : réparation de téléphones, couture, coiffure, cuisine, graphisme, programmation, menuiserie et techniques agricoles.
C'est important parce que la vidéo lève un obstacle majeur : la distance. Un jeune d'une petite ville sans centre de formation peut quand même apprendre à réparer des téléphones en regardant un créateur basé à Lagos, Dakar ou Cotonou.
Mais l'apprentissage en ligne a ses limites. On ne peut pas demander à une vidéo de vérifier son travail. C'est pourquoi le meilleur apprentissage combine des tutoriels en ligne avec une vraie personne à proximité — un mentor, un club ou un atelier. Notre article Pourquoi des mentors locaux peuvent changer l'avenir d'un jeune explore cette question.
Pourquoi enseigner ce que l'on sait nous rend meilleurs
Les makers qui enseignent en tirent un bénéfice inattendu : ils progressent eux aussi. Les chercheurs appellent cela l'« effet protégé ». Dans une étude de 2014, des étudiants à qui l'on avait annoncé qu'ils devraient enseigner une matière à d'autres l'ont apprise plus efficacement que des étudiants qui révisaient simplement pour un examen.
Quand on explique quelque chose, on découvre les lacunes de ses propres connaissances. On trouve aussi de nouvelles idées grâce aux questions des élèves. Les enseignants disent souvent que leurs meilleures améliorations sont venues d'un élève qui demandait : « Pourquoi ne pas faire comme ça ? »
« En enseignant, nous apprenons. » — Sénèque, philosophe romain
Pour en savoir plus, lisez Les compétences que les élèves acquièrent en s'enseignant mutuellement.
Données : Pour rendre ce qu'ils ont reçu 35 % · Pour améliorer leurs propres compétences 25 % · Pour trouver de futurs collaborateurs 20 % · Pour gagner un revenu 20 %
Note : Données illustratives ; les remplacer par des données d'enquête si elles sont disponibles.
Faire de l'enseignement une activité rémunératrice
Certains makers transforment l'enseignement en source de revenus. Ils proposent :
- Des ateliers le week-end (payés par les participants ou par des sponsors).
- Des apprentissages rémunérés ou des formations courtes.
- Des cours en ligne et des tutoriels payants.
- Des kits : des boîtes contenant pièces et instructions.
- Des partenariats avec des écoles pour des clubs STIM.
Ce modèle aide les makers à vivre de leur activité tout en diffusant les compétences. Si vous y réfléchissez, lisez Comment fixer le prix d'un travail créatif sans deviner et Guide pratique pour tester une idée d'entreprise.
Comment enseigner ce que vous savez
Pas besoin d'être célèbre pour enseigner. Commencez petit :
- Choisissez une compétence que vous maîtrisez : réparer un vélo, tresser des cheveux, utiliser Canva, cuisiner un plat, réparer un écran de téléphone.
- Enseignez-la à une personne cette semaine. Observez là où elle bloque.
- Écrivez ou enregistrez des étapes simples. Ajoutez une photo pour chaque étape.
- Partagez-les avec un club scolaire, un groupe WhatsApp ou une association locale.
- Demandez des retours et améliorez-vous.
Si cela vous plaît, organisez une petite séance mensuelle. Beaucoup d'ateliers communautaires ont commencé avec une seule personne et une table pliante.
La sécurité d'abord (parce que les sourcils repoussent lentement)
Fabriquer des choses, c'est amusant. Les fabriquer en toute sécurité, c'est plus malin. Les grands makers-enseignants commencent toujours par la sécurité, et vous devriez faire de même :
- Portez des lunettes de protection pour couper, percer ou souder.
- Gardez un extincteur ou un seau de sable à portée de main quand vous travaillez avec de la chaleur.
- N'ouvrez jamais de batteries de téléphone ni de vieux écrans de télévision sans formation — certaines pièces stockent une énergie dangereuse même débranchées.
- Travaillez dans une pièce aérée quand vous utilisez de la colle, de la peinture ou de la soudure.
- Gardez une trousse de premiers secours et montrez à tout le monde où elle se trouve.
Une bonne règle : si vous ne savez pas à quoi sert quelque chose, demandez avant de toucher. Les makers adorent les questions. Ils détestent les visites à l'hôpital.
Ce que le mouvement maker signifie pour l'emploi
Certains voient la fabrication comme un loisir. C'est aussi une voie vers l'emploi. Réparation de téléphones, installation solaire, conception de meubles, mode, impression 3D et électronique sont autant de métiers qui ont de vrais clients.
La Banque africaine de développement et d'autres institutions soulignent souvent que l'Afrique a besoin de millions de nouveaux emplois chaque année pour sa jeune population. Beaucoup de ces emplois seront créés par de petites entreprises — souvent par des makers qui ont d'abord appris une compétence pour le plaisir, avant de se rendre compte que des gens étaient prêts à payer pour elle. Notre article Ces jeunes ingénieurs qui fabriquent des outils pour leurs communautés montre comment se fait ce parcours, et Pourquoi les compétences de réparation comptent pour l'avenir technologique de l'Afrique explique pourquoi savoir réparer est une compétence économique sérieuse.
La chaîne des makers
Chaque maker a appris de quelqu'un : un parent, un voisin, un livre de bibliothèque, une vidéo, un enseignant. Quand les makers enseignent, ils ajoutent un nouveau maillon à cette chaîne. Kelvin Doe a appris grâce à des déchets et à des essais-erreurs, puis a inspiré des millions de personnes. William Kamkwamba a appris dans un livre, puis a écrit le sien. Le WoeLab a appris des makers du monde entier, puis a construit sa propre imprimante.
Le prochain maillon, c'est peut-être vous.
Pour aller plus loin : Comment les jeunes Africains apprennent auprès des artisans plus âgés, Ces jeunes ingénieurs qui fabriquent des outils pour leurs communautés, et notre rubrique Portraits.
Questions fréquentes
Qu'est-ce qu'un makerspace ?
Un atelier partagé où l'on peut utiliser des outils, apprendre les uns des autres et réaliser des projets, de l'électronique aux meubles.
Qui est Kelvin Doe ?
Un ingénieur autodidacte sierra-léonais qui, adolescent, a construit des batteries, un générateur et une station de radio communautaire à partir de déchets.
Existe-t-il des fab labs en Afrique de l'Ouest ?
Oui. Des fab labs et des makerspaces fonctionnent dans plusieurs pays d'Afrique de l'Ouest, notamment au Togo (WoeLab), au Sénégal, au Ghana, au Nigeria, en Côte d'Ivoire et au Bénin.
