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Quelles histoires les enfants africains devraient-ils entendre en grandissant ?

Anansi, Soundiata, Kirikou et les héros d'à côté : quelles histoires les enfants africains devraient-ils entendre, pourquoi les récits façonnent ce que nous devenons, et comment les partager.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 12 minutes

Chaque enfant grandit entouré d'histoires. Certaines viennent des grands-parents, le soir. Certaines viennent des livres d'école. Certaines viennent des dessins animés, des films, de YouTube, de TikTok et des jeux vidéo. Certaines viennent de l'église ou de la mosquée. Certaines viennent du quartier, chuchotées par des enfants plus âgés.

Ces histoires apprennent aux enfants qui sont les héros, ce qui est courageux, ce qui est drôle, ce qui est honteux, ce qui est possible — et qui ils pourraient eux-mêmes devenir.

Pour beaucoup d'enfants africains, les histoires qu'ils voient sur leurs écrans viennent surtout d'ailleurs : super-héros américains, princesses européennes, animés japonais. Ces histoires peuvent être merveilleuses. Mais si ce sont les seules, les enfants risquent de grandir en croyant que les héros, la beauté et l'aventure appartiennent à d'autres lieux et à d'autres visages.

Quelles histoires les enfants africains devraient-ils entendre en grandissant — et pourquoi est-ce si important ?

Pourquoi les histoires façonnent ce que nous devenons

Les psychologues étudient depuis longtemps le pouvoir des histoires. Les histoires aident les enfants à :

  • Comprendre les émotions — les leurs et celles des autres.
  • Apprendre des valeurs et les conséquences des actes.
  • Imaginer des possibles.
  • Développer leur langage et leur vocabulaire.
  • Construire leur identité.

Les recherches sur le « transport narratif » suggèrent que lorsque les gens sont absorbés par une histoire, leurs croyances et leurs attitudes peuvent évoluer. Les histoires sont de puissants enseignants.

L'écrivaine nigériane Chimamanda Ngozi Adichie a donné en 2009 une célèbre conférence TED intitulée « Le danger d'une histoire unique ». Elle y racontait comment, petite fille, elle lisait des livres pour enfants britanniques et américains et écrivait des histoires dont les personnages avaient les yeux bleus, mangeaient des pommes et parlaient de la météo — parce qu'elle pensait que les livres devaient parler de gens différents d'elle.

« L'histoire unique crée des stéréotypes, et le problème avec les stéréotypes n'est pas qu'ils sont faux, mais qu'ils sont incomplets. Ils font d'une histoire la seule histoire. » — Chimamanda Ngozi Adichie, « Le danger d'une histoire unique » (TED, 2009)

Sa conférence TED a été vue des dizaines de millions de fois — signe de la profonde résonance de cette idée.

1. Les contes et les histoires de fripons

Les contes africains comptent parmi les histoires les plus anciennes et les plus astucieuses du monde.

  • Anansi l'araignée (Akan, Ghana, puis diffusée jusqu'aux Caraïbes) : un fripon malin, gourmand et drôle qui déjoue souvent des animaux plus grands que lui — et parfois se piège lui-même.
  • La tortue (chez les Yoruba, les Igbo, les Fon et bien d'autres) : lente mais rusée, célèbre pour des tours qui se retournent souvent contre elle.
  • Le lièvre (Afrique de l'Est et australe) : un fripon à l'esprit vif.

Ces histoires enseignent par l'humour : l'intelligence, la cupidité, l'orgueil, la coopération, les conséquences. Elles entraînent aussi les enfants à repérer les ruses — bien utile dans un monde plein d'arnaques et de fausses informations ! Voir Comment lire une affirmation sur la santé partagée en ligne.

Pause humour : un jour, Anansi a voulu garder toute la sagesse du monde dans un pot. Il l'a attaché sur son ventre et a essayé de grimper à un arbre. Son petit garçon lui a dit : « Papa, attache-le sur ton dos. » Anansi a compris que son fils était plus sage que toute la sagesse du pot — et l'a laissé tomber. Voilà pourquoi la sagesse est partout aujourd'hui. Et voilà aussi pourquoi tout parent devrait de temps en temps écouter ses enfants.

2. Les épopées et les héros

L'Afrique possède de grandes épopées, souvent racontées par les griots (djéli) — historiens et musiciens de la tradition orale :

  • L'épopée de Soundiata (Mali) : l'histoire de Soundiata Keïta, qui a surmonté son handicap et l'exil pour fonder l'empire du Mali au XIIIe siècle.
  • Les histoires de la reine Nzinga (Ndongo et Matamba, dans l'actuel Angola), brillante diplomate et guerrière qui a résisté à la colonisation portugaise au XVIIe siècle.
  • Yaa Asantewaa (Ghana), la reine mère qui a mené la résistance ashanti contre les Britanniques en 1900.
  • Les histoires de Béhanzin et des Agojié du Dahomey (Bénin).

Ce sont les histoires de « super-héros » des enfants africains — des personnes réelles, d'un courage réel. Voir Comment les illustrateurs rendent l'histoire accessible aux jeunes lecteurs.

De vrais héros africains que les enfants peuvent rencontrer dans les histoires

Note : Frise visuelle ; vérifier les dates.

3. Les histoires de la vie quotidienne

Les enfants ont aussi besoin d'histoires sur des gens ordinaires comme eux : aller à l'école, jouer au football, aider au marché, gérer ses frères et sœurs, se faire des amis, affronter des problèmes.

Exemples :

  • « Aya de Yopougon » (pour les grands enfants et les adolescents) montre avec humour la vie quotidienne dans l'Abidjan des années 1970.
  • Les nombreux albums illustrés d'African Storybook sur la vie quotidienne, en langues africaines.
  • Des livres jeunesse locaux sur les quartiers, les marchés et les familles.

Quand les enfants voient leur propre vie dans des histoires, ils apprennent que leur vie mérite d'être racontée.

4. Les histoires de scientifiques, d'inventeurs et de bâtisseurs

Les enfants devraient savoir que des Africains inventent, découvrent et construisent :

  • William Kamkwamba, qui a construit une éolienne avec des matériaux de récupération au Malawi.
  • Kelvin Doe, qui a construit une station de radio en Sierra Leone.
  • Wangari Maathai, scientifique kényane et lauréate du prix Nobel de la paix.
  • Arthur Zang, l'ingénieur camerounais à l'origine du Cardiopad.
  • Des scientifiques, médecins, ingénieurs et entrepreneurs de leur propre pays.

Voir Ces jeunes ingénieurs qui fabriquent des outils pour leurs communautés et Ces femmes qui ouvrent de nouvelles voies vers les sciences.

5. Les histoires sur l'avenir

Les enfants africains ont aussi besoin d'histoires qui imaginent l'avenir — science-fiction, fantasy et « afrofuturisme ». Exemples :

  • « Iwájú » (2024), la série d'animation se déroulant dans un Lagos futuriste, signée Kugali et Disney.
  • Les romans d'écrivains comme Nnedi Okorafor, dont les livres (pour jeunes adultes et adultes) imaginent des futurs africains et des mondes magiques.
  • Des films comme « Black Panther » (2018) qui, bien que réalisé à Hollywood, a montré une nation africaine technologiquement avancée et a inspiré de nombreux enfants.

Les histoires sur l'avenir aident les enfants à se voir comme les bâtisseurs de demain — et pas seulement comme les héritiers du passé.

6. Les histoires qui transmettent des valeurs

Beaucoup d'histoires africaines transmettent des valeurs à travers des proverbes et des leçons :

  • L'ubuntu (« Je suis parce que nous sommes ») : l'idée que notre humanité est partagée.
  • Le respect des aînés — et la sagesse des enfants.
  • L'honnêteté, le travail, la générosité, le courage.
  • La communauté et la coopération.
« Il faut tout un village pour élever un enfant. » — souvent présenté comme un proverbe africain

Les histoires sont l'un des moyens par lesquels le « village » enseigne.

Un « régime d'histoires » équilibré pour les enfants

Note : Guide conceptuel ; toutes les catégories comptent.

7. Les histoires du monde entier

Cela ne signifie pas que les enfants africains ne devraient entendre que des histoires africaines. Les enfants profitent d'histoires venues de partout : mythes grecs, contes japonais, Mille et Une Nuits, légendes latino-américaines, contes de fées européens, aventures américaines.

L'objectif est l'équilibre : un mélange riche, où les histoires africaines sont présentes et valorisées — et non absentes. Un enfant qui connaît à la fois Anansi et Harry Potter, à la fois Soundiata et Superman, a une imagination plus vaste et une identité plus solide.

Comment partager des histoires avec les enfants

Pour les parents et les grands-parents :

Pour les enseignants :

  • Intégrez des histoires africaines aux listes de lecture.
  • Invitez des conteurs et des griots en classe.
  • Laissez les élèves écrire et illustrer leurs propres histoires.
  • Utilisez le jeu pour explorer les histoires. Voir Le jeu peut-il aider les enfants à comprendre les sciences ? — la même approche ludique fonctionne pour les histoires.

Pour les créateurs :

  • Écrivez, dessinez, animez et publiez des histoires africaines pour les enfants.
  • Rendez-les amusantes, pas seulement « éducatives ».
  • Partagez-les en langues locales et sur des plateformes accessibles.

Le rôle des bibliothèques et des lieux culturels

Les bibliothèques, les musées et les centres culturels peuvent organiser des heures du conte, des rencontres avec des auteurs et des festivals de contes. Voir Ces personnes qui font vivre les bibliothèques publiques et Pourquoi les lieux culturels ont besoin de jeunes visiteurs.

Une tradition familiale illustrative

Imaginez une famille de Cotonou (exemple fictif) qui lance les « Vendredis des histoires ». Chaque vendredi soir, quelqu'un raconte une histoire : la grand-mère raconte un conte de la tortue en fon. Le père raconte l'histoire de Béhanzin. La mère lit un album sur une fille qui construit un robot. L'enfant de huit ans invente l'histoire d'un zémidjan qui sait voler. L'adolescent raconte l'intrigue d'un film de science-fiction — avec ses commentaires.

Au fil des mois, les enfants apprennent des contes, de l'histoire, des sciences et de l'imagination — et la famille se construit des souvenirs communs. Les Vendredis des histoires deviennent la soirée la plus attendue de la semaine.

Écrans et histoires : trouver un équilibre

Les enfants d'aujourd'hui passent beaucoup de temps devant les écrans. Ce n'est pas entièrement négatif — les écrans peuvent porter d'excellentes histoires africaines grâce à l'animation, aux chaînes YouTube et aux applications. Mais les parents et les enseignants peuvent aider :

  • Rechercher des dessins animés, des films et des chaînes créés en Afrique.
  • Regarder ensemble et parler de l'histoire ensuite.
  • Équilibrer les histoires sur écran avec des histoires racontées et des livres.
  • Encourager les enfants à créer leurs propres vidéos ou bandes dessinées sur des histoires locales.

L'objectif n'est pas de combattre les écrans. C'est de veiller à ce que les histoires qu'ils diffusent fassent place aux voix africaines.

Donnez aux enfants de nombreuses histoires — y compris la leur

Les histoires que les enfants entendent deviennent les histoires qu'ils se racontent sur eux-mêmes. Les enfants africains méritent des histoires pleines d'araignées rusées, de reines courageuses, d'ingénieurs inventifs, de voisins drôles et d'avenirs audacieux — des histoires qui leur disent : tu as ta place dans l'histoire. Tu peux même écrire la prochaine.

Poursuivez votre lecture : Comment les illustrateurs rendent l'histoire accessible aux jeunes lecteurs, Ce qu'un musée peut enseigner au-delà de ses murs, et notre rubrique Art & Culture.

Questions fréquentes

Quels sont les contes africains célèbres pour les enfants ?

Les histoires d'Anansi l'araignée, les contes de la tortue, les histoires du lièvre rusé et de nombreux contes locaux sur les animaux, les ancêtres et la vie quotidienne.

Pourquoi les enfants africains devraient-ils lire des histoires africaines ?

Elles construisent l'identité, la fierté et la capacité à se reconnaître, tout en transmettant des valeurs, l'histoire et la langue — aux côtés d'histoires venues du reste du monde.

Qu'est-ce que « Le danger d'une histoire unique » ?

Une conférence TED de 2009 de Chimamanda Ngozi Adichie sur la façon dont le fait de n'entendre qu'un seul type d'histoire crée une compréhension incomplète et des stéréotypes.