Ce qu'un musée peut enseigner au-delà de ses murs
Les musées ne se résument pas à de vieux objets sous vitrine. De la restitution aux collections numériques et aux actions auprès des écoles, comment les musées africains enseignent bien au-delà de leurs bâtiments.
Pour beaucoup de gens, le mot « musée » évoque une image : un bâtiment silencieux, des vitrines, de vieux objets, des panneaux « Ne pas toucher », un gardien qui vous regarde d'un air soupçonneux quand vous riez trop fort.
Mais les musées peuvent être bien plus que cela. Ils peuvent être des salles de classe, des lieux de rencontre, des espaces de récit, des laboratoires de la mémoire et des ponts entre les générations. Et aujourd'hui, leur influence peut s'étendre bien au-delà de leurs murs — jusque dans les écoles, les foyers, les téléphones et les débats publics.
En Afrique, les musées ont un rôle particulier. Ils conservent des objets qui racontent l'histoire du continent — y compris des objets emportés pendant la colonisation et qui reviennent peu à peu.
Que peuvent enseigner les musées au-delà de leurs murs, et comment les musées africains évoluent-ils ?
Petit rappel historique : les musées et l'Afrique
Beaucoup des objets historiques les plus célèbres d'Afrique ne se trouvent pas en Afrique. Pendant la période coloniale, des armées européennes, des missionnaires, des commerçants et des scientifiques ont emporté des milliers d'objets — trésors royaux, objets religieux, outils du quotidien, restes humains — vers des musées d'Europe et d'Amérique.
Un rapport de 2018 commandé par le président français Emmanuel Macron et rédigé par Felwine Sarr et Bénédicte Savoy a estimé qu'une très grande part du patrimoine culturel de l'Afrique subsaharienne se trouve hors du continent. Il relevait aussi que le musée du quai Branly–Jacques Chirac, à Paris, détenait à lui seul environ 70 000 objets d'Afrique subsaharienne.
Le retour des trésors royaux du Bénin
En 1892, les troupes françaises ont attaqué le royaume du Dahomey et emporté des objets royaux des palais d'Abomey. Plus d'un siècle plus tard, après des années de demandes du Bénin, la France a adopté une loi spéciale et, en novembre 2021, 26 trésors royaux ont été restitués au Bénin.
Parmi eux figuraient :
- Les statues royales des rois Ghézo, Glèlè et Béhanzin (des figures mi-humaines, mi-animales).
- Des trônes royaux.
- Des portes de palais sculptées.
- Des objets rituels.
En 2022, les trésors ont été présentés à Cotonou, au Palais de la Marina, dans le cadre d'une exposition qui mettait aussi à l'honneur des artistes béninois contemporains. Un très grand nombre de visiteurs — dont beaucoup de jeunes — sont venus les voir. Pour beaucoup, c'était la première fois qu'ils voyaient ces œuvres de leurs propres yeux.
« Un peuple qui ne connaît pas son histoire passée, ses origines et sa culture est comme un arbre sans racines. » — largement attribué à Marcus Garvey
Ce moment a montré quelque chose d'important : les musées ne sont pas seulement une affaire d'objets. Ils sont une affaire d'identité, de justice et de fierté.
Pause humour : l'une des statues royales restituées a passé 129 ans à Paris. Une élève a demandé : « Est-ce qu'elle a appris le français ? » Son enseignant a répondu : « Elle comprend tout, mais refuse de répondre. Très royal. »
Leçon 1 : les musées enseignent l'histoire — et qui la raconte
Les musées décident quelles histoires raconter, et comment. Pendant longtemps, beaucoup d'objets africains ont été présentés dans des musées étrangers comme de l'« art primitif » ou des « curiosités ethnographiques », avec peu d'informations sur leurs créateurs, leur signification ou la manière dont ils avaient été pris.
Les musées et les commissaires d'exposition africains racontent désormais ces histoires d'un point de vue africain : qui a fabriqué les objets, ce qu'ils signifiaient, comment ils étaient utilisés et ce qui leur est arrivé.
Les Palais royaux d'Abomey, inscrits au patrimoine mondial de l'UNESCO depuis 1985, montrent comment le royaume du Dahomey consignait son histoire dans les bas-reliefs, l'appliqué et l'architecture. Les visiter permet d'en apprendre non seulement sur les rois, mais aussi sur la politique, la guerre, le commerce, la religion et l'art.
Leçon 2 : les musées peuvent aller dans les écoles
Les musées étendent leur portée bien au-delà de leurs murs lorsqu'ils travaillent avec les écoles :
- Des mallettes de prêt : répliques, photos et fiches d'activités envoyées dans les classes.
- Des visites virtuelles pour les écoles éloignées du musée.
- La formation des enseignants à l'histoire locale.
- Des projets d'élèves liés aux collections du musée.
Un enfant qui tient la réplique d'un symbole royal ou qui dessine un bas-relief apprend l'histoire avec ses mains et son imagination. Voir Apprendre au-delà des examens : les projets dont les enfants se souviennent.
Leçon 3 : les musées peuvent passer au numérique
La technologie numérique permet aux musées de toucher les gens partout :
- Des collections en ligne avec photos et récits.
- Des numérisations 3D d'objets que chacun peut explorer sur son téléphone.
- Des musées et des expositions virtuels.
- De courtes vidéos et des podcasts.
- Des contenus sur les réseaux sociaux.
Les musées numériques sont particulièrement utiles pour les personnes qui ne peuvent pas se rendre dans un musée — et pour les objets encore conservés à l'étranger. Les musées virtuels peuvent réunir des collections « en ligne » même lorsque les objets sont physiquement séparés.
Au Bénin, des projets explorent des musées virtuels en 3D qui présentent le patrimoine — comme les divinités vodun — aux jeunes à travers des expériences web interactives. Ces approches associent culture, technologie et éducation.
Mais n'oublions pas : l'accès numérique dépend de la connectivité et du coût des données. Voir Comment concevoir une technologie utile en contexte de faible connectivité.
Leçon 4 : les musées peuvent être des lieux de vie communautaire
Les musées modernes deviennent des lieux de rencontre :
- Concerts, poésie, soirées cinéma.
- Débats sur l'histoire et l'actualité.
- Ateliers pour artisans et artistes.
- Espaces où les aînés partagent l'histoire orale.
- Cafés et jardins où l'on vient simplement passer du temps.
Quand les musées accueillent la vie de la communauté, ils deviennent partie intégrante du quartier plutôt qu'un bâtiment fermé. Voir Pourquoi les lieux culturels ont besoin de jeunes visiteurs.
Leçon 5 : les musées préservent le patrimoine immatériel
Le patrimoine ne se résume pas aux objets. La musique, la danse, les langues, les recettes, les cérémonies, l'histoire orale et les techniques artisanales constituent le « patrimoine immatériel ». La Convention de l'UNESCO pour la sauvegarde du patrimoine culturel immatériel de 2003 encourage les pays à protéger ces traditions vivantes.
Les musées peuvent enregistrer les récits des aînés, filmer les techniques artisanales et documenter les festivals — préservant des savoirs qui pourraient autrement disparaître. Voir Les artisans qui préservent les traditions artisanales du quotidien et L'importance de conserver les récits africains dans les langues locales.
Note : Les musées travaillent de plus en plus avec les deux.
Leçon 6 : les musées soulèvent des questions difficiles
Les musées peuvent aider les sociétés à parler de pages douloureuses de leur histoire : la traite des esclaves, la colonisation, les conflits. Au Bénin, Ouidah était l'un des principaux ports de la traite des esclaves en Afrique de l'Ouest. Des sites comme la « Route des Esclaves » et le mémorial de la « Porte du Non-Retour » invitent les visiteurs à se souvenir et à réfléchir.
Aborder une histoire difficile n'est pas facile. Mais les musées peuvent le faire avec soin, rigueur et respect — en aidant les jeunes à comprendre d'où vient le monde d'aujourd'hui.
Les difficultés des musées africains
- Des financements et des effectifs limités.
- Des bâtiments anciens qui ont besoin de rénovation et de contrôle climatique (la chaleur et l'humidité peuvent endommager les objets).
- Peu de restaurateurs et de conservateurs formés.
- Une faible fréquentation dans certains lieux.
- Des infrastructures numériques limitées.
L'UNESCO a relevé que l'Afrique n'abrite qu'une petite part des musées du monde. Des investissements, des formations et des partenariats sont nécessaires — y compris avec les musées qui détiennent des collections africaines à l'étranger.
Comment vous engager auprès des musées
- Visitez le musée de votre ville — et emmenez les enfants.
- Suivez les musées sur les réseaux sociaux.
- Partagez les histoires et les objets de votre famille (photos, enregistrements) avec des projets patrimoniaux locaux.
- Portez-vous bénévole lors d'événements culturels.
- Demandez aux écoles d'organiser des visites de musées.
- Soutenez les débats sur la restitution par une discussion éclairée.
Une visite scolaire illustrative qui a dépassé les murs
Imaginez une classe d'enfants de 13 ans de Bohicon (exemple fictif) en visite aux Palais royaux d'Abomey. Avant la visite, leur enseignant demande à chaque élève d'interroger un grand-parent sur une histoire qu'il connaît à propos des rois du Dahomey.
Aux palais, un guide explique les bas-reliefs. Les élèves comparent ce qu'ils voient avec les histoires entendues à la maison. Certaines concordent ; d'autres diffèrent. Ils se demandent pourquoi : la mémoire change, les histoires s'enrichissent, les familles se souviennent de choses différentes.
De retour à l'école, ils réalisent un livre de classe qui réunit les informations du musée, les récits des grands-parents et leurs propres dessins. Ils le présentent aux parents et invitent le guide du musée à venir le découvrir.
La visite du musée a duré deux heures. L'apprentissage a duré tout un trimestre — et a relié trois générations.
Comment les musées peuvent mesurer leur portée
Les musées qui veulent rayonner au-delà de leurs murs doivent aussi le mesurer :
- Combien de groupes scolaires sont venus ? D'où venaient-ils ?
- Combien de personnes ont consulté les collections en ligne ou les visites virtuelles ?
- Combien d'enseignants ont utilisé les mallettes de prêt ou les supports pédagogiques ?
- De quoi les visiteurs se souvenaient-ils un mois plus tard ?
Les chiffres aident les musées à s'améliorer et à plaider pour obtenir des financements. Voir Comment mesurer si une initiative a vraiment aidé.
Pause humour : un guide de musée a demandé à un groupe d'enfants ce qu'ils avaient retenu de leur visite. Un garçon a répondu : « Les toilettes étaient très propres. » Le guide a soupiré, puis a ri. « D'accord. La prochaine fois, on y accrochera une statue royale. »
Un musée sans murs
Les meilleurs musées ne se contentent pas de protéger des objets. Ils aident les gens à comprendre qui ils sont, d'où ils viennent et où ils pourraient aller. Ils pénètrent dans les salles de classe, les téléphones, les rues et les conversations.
Au Bénin et dans toute l'Afrique, les musées changent — ils deviennent plus ouverts, plus locaux, plus numériques et plus liés aux communautés. Le retour des trésors royaux a été un début marquant. Le prochain chapitre sera écrit par des conservateurs, des enseignants, des artistes, des technologues — et des visiteurs comme vous.
Poursuivez votre lecture : Les artistes qui racontent le Bénin d'aujourd'hui, Comment les illustrateurs rendent l'histoire accessible aux jeunes lecteurs, et notre rubrique Art & Culture.
Questions fréquentes
Quels trésors royaux ont été restitués au Bénin ?
En novembre 2021, la France a restitué 26 objets royaux emportés d'Abomey en 1892, dont des statues royales, des trônes et des portes de palais sculptées.
Qu'est-ce que le rapport Sarr-Savoy ?
Un rapport de 2018 commandé par le président de la République française sur la restitution du patrimoine culturel africain conservé dans les musées français.
Les Palais royaux d'Abomey sont-ils inscrits au patrimoine mondial ?
Oui. Ils ont été inscrits sur la Liste du patrimoine mondial de l'UNESCO en 1985.
