Les artisans qui préservent les traditions artisanales du quotidien
Appliqué d'Abomey, kente, bogolan, poterie et vannerie : rencontrez les artisans africains qui font vivre les traditions artisanales — et découvrez comment les jeunes peuvent les rejoindre.
Dans un petit atelier d'Abomey, un artisan découpe un lion dans un tissu jaune. Son apprenti découpe un requin dans du bleu. Un autre découpe un buffle, un oiseau, un sabre. Une à une, les formes sont cousues sur un tissu noir. À la fin de la semaine, le tissu raconte une histoire : celle des rois du Dahomey, chacun représenté par un symbole.
Cet artisanat — l'appliqué d'Abomey — se transmet depuis des générations. Il est né comme un art royal, pour consigner les hauts faits des rois. Aujourd'hui, il est vendu aux visiteurs, utilisé en décoration et dans la mode, et exposé dans des musées. Mais derrière chaque tenture, il y a des artisans qui font vivre une tradition.
À travers l'Afrique, des millions d'artisans préservent des traditions artisanales : tissage, poterie, vannerie, forge, sculpture, travail des perles, teinture, maroquinerie. Leur travail est beau, utile et profondément porteur de sens.
Qui sont les artisans qui préservent les traditions artisanales africaines — et pourquoi leurs savoir-faire comptent-ils pour l'avenir ?
Pourquoi les traditions artisanales comptent
Les traditions artisanales :
- Portent l'histoire et le sens à travers des symboles, des motifs et des techniques.
- Procurent un revenu à des millions de personnes, en particulier aux femmes et aux artisans ruraux.
- Utilisent des matériaux locaux, souvent durables.
- Créent de l'identité et de la fierté.
- Inspirent les designers, les artistes et les marques de mode.
L'UNESCO reconnaît le « savoir-faire lié à l'artisanat traditionnel » comme une forme de patrimoine culturel immatériel en vertu de sa Convention de 2003. Plusieurs artisanats africains ont été inscrits sur les listes du patrimoine immatériel de l'UNESCO.
L'appliqué d'Abomey (Bénin)
L'appliqué d'Abomey s'est développé à la cour royale du royaume du Dahomey. Chaque roi avait ses symboles — par exemple :
- Le roi Ghézo : le buffle.
- Le roi Glèlè : le lion.
- Le roi Béhanzin : le requin (et un œuf).
Les tentures en appliqué décoraient les cérémonies royales, les parasols et les bannières, et consignaient l'histoire royale. Des familles d'artisans, comme la famille Yemadje, sont depuis longtemps associées à cet art à Abomey.
Aujourd'hui, les artisans d'Abomey continuent de réaliser des appliqués — pour les touristes, les collectionneurs, la décoration intérieure et la mode. Certains jeunes designers adaptent ces symboles à des vêtements, des sacs et des imprimés modernes. Voir Regard sur le design made in Bénin.
Le kente (Ghana)
Le kente est un tissu tissé du Ghana, associé aux peuples ashanti (asante) et éwé. Il est tissé en bandes étroites sur des métiers, puis cousu. Chaque motif et chaque couleur ont un nom et une signification — la sagesse, la royauté, la richesse, la spiritualité et bien d'autres.
Des villages comme Bonwire, près de Kumasi, sont célèbres pour leur tissage du kente. On porte le kente lors des grandes occasions : mariages, remises de diplômes, festivals. Il est aussi devenu un symbole mondial de la fierté africaine.
Pause humour : une touriste a demandé à un tisserand de kente combien de temps il fallait pour fabriquer un pagne complet. Il a répondu : « Des semaines. » Elle a demandé : « Vous pouvez le faire plus vite ? » Il a répondu : « Oui, mais alors ça devient un tee-shirt. » Certaines choses valent la peine d'attendre.
Le bogolan (Mali)
Le bogolan, ou « tissu de boue », est un tissu traditionnel du Mali, en particulier chez les Bamanan (Bambara). Une toile de coton est teinte avec des préparations végétales, puis peinte avec de la boue fermentée, ce qui crée des motifs audacieux en brun, noir et blanc. Traditionnellement, ce sont les femmes qui réalisaient le bogolan, et les motifs portent des significations liées à l'histoire et aux événements.
Les motifs du bogolan apparaissent aujourd'hui dans la mode et la décoration intérieure du monde entier. Cela soulève une question importante : les créateurs d'origine en profitent-ils ? (Nous y reviendrons plus bas.)
Poterie, vannerie et bien plus
À travers l'Afrique, d'autres artisanats portent de profondes traditions :
- La poterie : dans de nombreuses régions, des potières façonnent l'argile à la main (sans tour) et la cuisent à feu ouvert. Les pots servent à cuisiner, à conserver l'eau et aux rituels.
- La vannerie : les paniers rwandais « agaseke », les paniers Bolga du Ghana et bien d'autres sont tressés à partir d'herbes et de fibres, avec des motifs complexes.
- La forge et la fonte du bronze : des outils agricoles aux célèbres sculptures comme les bronzes du Bénin (issus du royaume du Bénin, dans l'actuel Nigeria).
- La sculpture sur bois : masques, tabourets, portes et statues.
- Le travail des perles : perlages maasaï, zoulous et yoruba, chacun avec des couleurs symboliques.
- La teinture à l'indigo : de l'adire du Nigeria aux tissus indigo du Mali et de la Guinée.
Note : Infographie explicative.
Les difficultés des artisans
Les traditions artisanales sont sous pression :
- Les importations bon marché : des copies fabriquées à la machine (y compris des tissus « kente » et « bogolan » imprimés à l'étranger) se vendent moins cher.
- Le départ des jeunes : beaucoup préfèrent des emplois en ville ou dans la tech.
- Les prix bas : les intermédiaires et les touristes marchandent durement ; les artisans gagnent peu.
- L'accès aux marchés : les artisans ruraux peinent à atteindre les acheteurs.
- Les matières premières : certains matériaux naturels se raréfient.
- L'appropriation culturelle : des marques mondiales utilisent des motifs traditionnels sans reconnaissance ni rémunération.
Note : Répartition illustrative ; les parts réelles varient. Les modèles de commerce équitable visent à augmenter la part de l'artisan.
Comment les artisans font vivre les traditions
Beaucoup d'artisans forment des apprentis, souvent des membres de leur famille. Certains ateliers accueillent désormais des jeunes extérieurs à la famille. Voir Comment les jeunes Africains apprennent auprès des artisans plus âgés.
- Transmettre à la génération suivante
Les artisans travaillent ensemble pour partager outils, acheter des matériaux, accéder aux marchés et négocier de meilleurs prix. Voir Comment bâtir une entreprise avec sa communauté.
- Les coopératives
Des designers travaillent avec des artisans pour créer des produits destinés aux marchés modernes — vêtements, décoration, accessoires — tout en respectant les techniques traditionnelles.
- Les collaborations avec des designers
Les réseaux sociaux et les boutiques en ligne permettent aux artisans de vendre directement à des clients en ville et à l'étranger.
- La vente en ligne
Les organisations de commerce équitable aident les artisans à obtenir des prix justes et de meilleures conditions de travail.
- Le commerce équitable et la certification
Les expositions et les foires artisanales renforcent la visibilité et la fierté. Voir Comment une exposition locale touche un nouveau public.
- Les musées et les festivals
« La culture, c'est l'élargissement de l'esprit et de l'âme. » — Jawaharlal Nehru
Le respect, pas l'appropriation
Quand des designers ou des marques utilisent l'artisanat traditionnel, le respect compte :
- Mentionner l'origine et la communauté.
- Collaborer avec les artisans plutôt que copier.
- Rémunérer équitablement.
- Comprendre le sens des symboles avant de les utiliser (certains sont sacrés).
- Partager les bénéfices avec les communautés.
Certains pays et organisations étudient des protections juridiques, comme les indications géographiques ou les marques collectives pour l'artisanat traditionnel.
Comment soutenir les traditions artisanales
- Achetez des produits faits main directement aux artisans ou aux coopératives.
- Demandez d'où viennent les produits et qui les a fabriqués.
- Payez des prix justes. Comprenez les heures de travail derrière chaque pièce. Voir Le travail caché derrière un produit fabriqué en Afrique.
- Visitez des ateliers lorsque vous voyagez.
- Partagez le travail des artisans sur les réseaux sociaux, en les citant.
- Encouragez les jeunes à apprendre un métier d'art.
Une visite illustrative à Abomey
Imaginez une sortie scolaire dans un atelier d'appliqué à Abomey (exemple fictif). Les élèves regardent un artisan découper des formes sans les dessiner au préalable — de mémoire. Il explique le symbole de chaque roi et le proverbe qui l'accompagne. Chaque élève découpe un petit symbole et le coud sur un morceau de tissu.
De retour à l'école, ils réalisent une tenture de classe qui raconte l'histoire de leur propre école : un livre pour l'apprentissage, un ballon pour le sport, un arbre pour la croissance. Ils ont appris l'histoire, l'art, les maths (formes et symétrie) et le respect du travail qualifié — le tout en un seul projet.
Une journée dans la vie d'une artisane (illustration)
Voici une potière fictive du département du Zou, au Bénin, que nous appellerons Mama Houénou (personnage d'illustration). Elle a 58 ans et a appris la poterie auprès de sa mère.
À l'aube, sa fille et elle extraient l'argile près de la rivière et la rapportent à la maison dans des bassines. Elles la mélangent avec de l'eau et des tessons de vieilles poteries écrasés pour la rendre plus solide. Mama Houénou façonne les pots à la main, en les faisant tourner lentement sur un petit socle. Certains servent à cuisiner, d'autres à conserver l'eau, d'autres encore sont décorés pour les cérémonies.
Après avoir séché plusieurs jours, les pots sont cuits dans un feu ouvert de bois et de paille. Certains se fendent — cela fait partie du métier. Les autres partent au marché, où elle les vend quelques milliers de francs pièce.
Sa fille veut reprendre le flambeau, mais seulement si elle peut gagner davantage. Alors elle a commencé à photographier les pots de sa mère et à les publier sur WhatsApp et Instagram. Un hôtel de Cotonou a récemment commandé vingt pots décorés pour son restaurant. Tradition et technologie, côte à côte.
Artisanat et climat : un atout durable
Beaucoup d'artisanats traditionnels utilisent des matériaux naturels, locaux et renouvelables : argile, fibres végétales, coton, teintures naturelles, verre et métal recyclés. Comparés aux produits en plastique fabriqués en masse et transportés à travers le monde, les produits locaux faits main ont souvent une empreinte environnementale plus faible.
Alors que les consommateurs du monde entier recherchent des produits durables, les traditions artisanales africaines ont une carte à jouer : elles étaient « écoresponsables » bien avant que le mot n'existe. Bien raconter cette histoire peut aider les artisans à atteindre de nouveaux marchés. Voir Les idées qui aident les villes africaines à réduire leurs déchets.
L'artisanat n'est pas le passé — c'est un avenir vivant
Les traditions artisanales ne sont pas des pièces de musée. Elles sont vivantes — dans les ateliers, sur les marchés, dans les maisons et lors des défilés de mode. Elles s'adaptent, empruntent et innovent, comme elles l'ont toujours fait.
Les artisans qui les préservent ne sont pas coincés dans le passé. Ils portent le passé vers l'avenir — un point, une trame, un pot et un motif à la fois.
Poursuivez votre lecture : Les artistes qui racontent le Bénin d'aujourd'hui, Ces makers africains qui enseignent ce qu'ils savent, et notre rubrique Art & Culture.
Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'appliqué d'Abomey ?
Un artisanat traditionnel béninois qui consiste à coudre des formes en tissu coloré sur une toile, à l'origine pour consigner l'histoire et les symboles des rois du Dahomey.
Que signifie le tissu kente ?
Le kente est un tissu tissé ghanéen dont les couleurs et les motifs portent des noms et des significations précis, souvent liés à des valeurs, à l'histoire et au rang social.
Comment soutenir les artisans africains ?
Achetez directement aux artisans ou aux coopératives, payez des prix justes, citez leur travail et partagez leurs histoires.
