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Afrique & Action

Ce que les communautés apprennent en travaillant par-delà les frontières

Marchés frontaliers, fleuves partagés, villes jumelées et réseaux de jeunes : ce que les communautés africaines apprennent en coopérant par-delà les frontières — et comment se lancer.

Par la rédaction d’AfrikyfEnviron 12 minutes

La frontière entre le Bénin et le Nigeria est une ligne sur une carte. Mais pour ceux qui vivent à proximité — à Sèmè-Kraké, à Igolo ou à Kétou —, elle est souvent bien moins nette. Des familles vivent des deux côtés. On parle yoruba des deux côtés. Des commerçants passent chaque jour avec des marchandises, des histoires et de l'argent. Des enfants peuvent avoir des cousins dans deux pays.

La plupart des frontières africaines ont été tracées par les puissances coloniales à la fin du XIXe siècle, souvent à l'époque de la conférence de Berlin de 1884-1885, sans grande considération pour les populations qui y vivaient. Des communautés qui ne faisaient qu'une ont été réparties entre des pays différents, avec des langues, des monnaies et des lois différentes.

Pourtant, partout en Afrique, des communautés continuent de trouver des moyens de travailler ensemble par-delà les frontières — grâce au commerce, à la culture, aux ressources partagées et à de nouveaux partenariats.

Qu'apprennent les communautés lorsqu'elles travaillent par-delà les frontières — et comment davantage de gens peuvent-ils s'y mettre ?

Un continent de frontières

  • L'Afrique compte 54 pays et plus de 80 000 km de frontières terrestres internationales (estimations du Programme frontière de l'Union africaine).
  • De nombreux groupes ethniques et linguistiques vivent de part et d'autre des frontières : les Yoruba (Bénin, Nigeria, Togo), les Ewe (Ghana, Togo, Bénin), les Haoussa (Nigeria, Niger et au-delà), les Maasaï (Kenya, Tanzanie), les Somali (Somalie, Éthiopie, Kenya, Djibouti) et bien d'autres.
  • Le commerce transfrontalier informel est considérable, souvent tenu par des commerçantes, et constitue une source de revenus essentielle pour des millions de personnes.
Des peuples qui vivent de part et d'autre des frontières (exemples)

Note : Exemples simplifiés.

Leçon 1 : le commerce favorise la compréhension

Les marchés transfrontaliers sont des lieux où l'on se rencontre, où l'on négocie, où l'on se dispute et où l'on se fait des amis. Les commerçants apprennent les langues, les monnaies, les coutumes et les besoins des uns et des autres.

Les commerçantes, souvent appelées « femmes du marché », jouent un rôle majeur dans le commerce transfrontalier en Afrique de l'Ouest. Elles transportent des marchandises d'un pays à l'autre, font vivre leur famille et tissent des réseaux qui s'étendent sur plusieurs pays. Les « Nana Benz » de Lomé, qui ont fait fortune en vendant du tissu wax dans toute la région, en sont un exemple célèbre.

Mais les commerçants font aussi face à des difficultés : tracasseries aux frontières, paiements officieux, lenteurs et règles floues. Des accords régionaux comme le protocole de la CEDEAO sur la libre circulation (1979) et la ZLECAf visent à faciliter les échanges. Le vrai changement dépend de la façon dont les règles sont appliquées à la frontière. Voir Le travail caché derrière un produit fabriqué en Afrique.

Pause humour : une commerçante de Cotonou raconte qu'elle parle quatre langues : le fon à la maison, le français à l'école, le yoruba au marché et la « langue de la frontière » avec les douaniers. « La quatrième, précise-t-elle, c'est surtout du sourire et de la patience. »

Leçon 2 : des fleuves partagés exigent des décisions partagées

Les fleuves ne respectent pas les frontières. Le Niger traverse la Guinée, le Mali, le Niger, le Bénin (le long de la frontière) et le Nigeria. Le Nil traverse onze pays. Le bassin de la Volta couvre six pays d'Afrique de l'Ouest.

Des organisations comme l'Autorité du bassin du Niger et l'Autorité du bassin de la Volta réunissent les pays pour gérer l'eau, la pêche, les barrages et les crues. Les communautés riveraines apprennent que ce qui se passe en amont les touche en aval — et inversement.

Cette leçon vaut pour bien des ressources partagées : les forêts, la faune, les stocks de poissons et la qualité de l'air.

« Seul, on va plus vite ; ensemble, on va plus loin. » — souvent présenté comme un proverbe africain

Leçon 3 : la culture circule librement

La musique, la mode, la cuisine, le cinéma et les langues ont toujours franchi les frontières en Afrique. L'afrobeats nigérian est populaire au Bénin, au Ghana, en Côte d'Ivoire et au-delà. La rumba congolaise est aimée dans tout le continent. La chanteuse béninoise Angélique Kidjo chante dans des langues parlées de part et d'autre des frontières.

Les échanges culturels nourrissent un sentiment d'identité commune. Les festivals, les concerts et les marchés du film comme le FESPACO (Burkina Faso) rassemblent des communautés de nombreux pays. Voir Comment les équipes créatives travaillent par-delà les frontières africaines et Comment la musique change la façon dont on se souvient d'un lieu.

Leçon 4 : les problèmes sont partagés — les solutions aussi

Beaucoup de défis franchissent les frontières :

  • Les maladies : Ebola, le choléra et le COVID-19 se propagent d'un pays à l'autre. L'épidémie d'Ebola de 2014-2016 a montré la nécessité d'une coopération régionale en matière de santé. Africa CDC a été lancé en 2017 pour renforcer la coopération sanitaire à l'échelle du continent.
  • Le changement climatique : les sécheresses, les inondations et la désertification touchent des régions entières. L'initiative de la Grande Muraille verte vise à restaurer les terres à travers le Sahel, du Sénégal à Djibouti.
  • La sécurité : la criminalité et les conflits ne s'arrêtent pas aux frontières.
  • Les déchets et la pollution : le plastique dans les fleuves et les océans voyage.

Les communautés qui partagent informations et solutions par-delà les frontières réagissent mieux. Voir Pourquoi l'action locale a besoin d'une bonne information.

Défis transfrontaliers et exemples de coopération

Note : Exemples, liste non exhaustive.

Leçon 5 : les jeunes sont des passeurs naturels

Les jeunes Africains sont plus connectés par-delà les frontières qu'aucune génération avant eux — grâce aux réseaux sociaux, à la musique, aux jeux vidéo, à l'apprentissage en ligne et aux études à l'étranger.

Parmi les programmes qui relient des jeunes de différents pays :

  • Les réseaux de la Mandela Washington Fellowship et de YALI (Young African Leaders Initiative).
  • Les programmes jeunesse de l'Union africaine et le Corps des jeunes volontaires de l'UA.
  • Les programmes d'échanges universitaires, y compris au sein de l'Afrique.
  • Des compétitions internationales comme le FIRST Global Challenge, où des équipes africaines se rencontrent. Voir Dans les coulisses d'une équipe de robotique avant une compétition.
  • Les communautés en ligne de développeurs, de designers et de créateurs africains.

Ces réseaux créent des amitiés et des partenariats qui peuvent durer des décennies.

Leçon 6 : les différences sont une force

Travailler par-delà les frontières, c'est composer avec des langues (anglais, français, portugais, arabe, de nombreuses langues locales), des lois, des monnaies et des habitudes différentes. Cela peut être frustrant. Mais cela apporte aussi :

  • De nouvelles idées et de nouvelles façons de résoudre les problèmes.
  • Des marchés plus vastes pour les entreprises.
  • Une voix plus forte dans les négociations internationales.
  • La possibilité d'apprendre des réussites et des erreurs des autres pays.

Le Bénin, par exemple, peut s'inspirer de l'approche du Rwanda en matière de propreté, du mobile money kényan, de la transformation du cacao au Ghana et des politiques culturelles du Sénégal — et partager ses propres enseignements dans des domaines comme les réformes de l'immatriculation des entreprises et le patrimoine culturel.

Comment les communautés peuvent commencer à travailler par-delà les frontières

Pour les groupes communautaires :

  • Entrer en contact avec des groupes similaires dans les pays voisins via les réseaux sociaux, des ONG ou des réseaux régionaux.
  • Organiser des visites d'échange (même virtuelles).
  • Partager des guides, des photos et des enseignements.
  • Monter des projets communs (nettoyer un fleuve partagé, organiser un festival transfrontalier).

Pour les écoles :

  • Des échanges de correspondance ou par appel vidéo avec des écoles des pays voisins.
  • Des projets communs sur l'histoire, les langues ou l'environnement partagés.

Pour les entreprises :

  • Explorer les marchés régionaux dans le cadre de la CEDEAO et de la ZLECAf.
  • Nouer des partenariats avec des fournisseurs ou des distributeurs des pays voisins.

Pour les particuliers :

  • Apprendre la langue d'un pays voisin (l'anglais pour les francophones, le français pour les anglophones, ou une langue locale commune).
  • Voyager dans la région quand c'est possible.
  • Suivre des créateurs et des penseurs d'autres pays africains.

Un partenariat illustratif : deux villes, un fleuve

Imaginons deux villes situées de part et d'autre d'une frontière fluviale (exemple illustratif). À chaque saison des pluies, les ordures des deux villes encombrent le fleuve et provoquent des inondations sur les deux rives. Pendant des années, chaque ville accuse l'autre.

Puis des groupes de jeunes des deux villes se rencontrent lors d'un atelier régional. Ils créent un groupe WhatsApp, échangent des photos et organisent une journée de nettoyage commune — une équipe sur chaque rive. Ils invitent des élus locaux des deux pays. Une radio locale diffuse en français et en anglais (et dans la langue locale commune).

Le premier nettoyage permet de retirer plusieurs tonnes d'ordures. Les groupes conviennent de se retrouver tous les trois mois. Des commerçants des deux rives se joignent à eux. Les maires des deux villes signent un accord de coopération simple. Le fleuve n'est pas parfait — mais il est plus propre, et les deux villes se parlent.

Les obstacles concrets — et de petites solutions

La coopération transfrontalière ne va pas toujours de soi. Parmi les obstacles courants :

  • La langue : des voisins anglophones, francophones et lusophones peuvent avoir du mal à communiquer. Solution : des bénévoles bilingues, des langues locales communes, des outils de traduction simples dont le résultat est vérifié par des humains.
  • L'argent : des monnaies différentes et des transferts coûteux. Solution : le mobile money là où des services transfrontaliers existent ; s'accorder sur une seule monnaie pour les budgets communs.
  • Les formalités : permis, visas et règles douanières. Solution : connaître les droits de libre circulation de la CEDEAO ; associer les autorités locales dès le début.
  • La confiance : un passé de rivalité ou de conflit. Solution : commencer par de petits projets communs et visibles ; célébrer les réussites communes.
  • La communication : une connexion internet peu fiable. Solution : les messages vocaux WhatsApp, des appels programmés, une planification hors ligne. Voir Comment concevoir une technologie utile en contexte de faible connectivité.

Aucun de ces obstacles n'est insurmontable. La plupart se règlent avec de la patience, une bonne planification et quelques personnes prêtes à jeter des ponts.

Pause humour : une réunion commune entre deux villes frontalières a commencé en retard parce qu'un groupe suivait « l'heure béninoise » et l'autre « l'heure nigériane ». Après une heure de confusion, ils se sont mis d'accord sur « l'heure du marché » — autrement dit, tout le monde arrive quand arrivent les bons commerçants.

Des frontières sur les cartes, des ponts entre les gens

Les frontières africaines sont bien réelles — avec des passeports, des douanes, des monnaies et des lois. Mais les communautés continuent de prouver qu'on peut bâtir des ponts par-dessus : grâce au commerce, à la culture, aux ressources partagées et à l'amitié.

Quand les communautés travaillent par-delà les frontières, elles apprennent que leurs problèmes sont communs, que leurs solutions peuvent l'être aussi, et que leurs avenirs sont liés.

Poursuivez votre lecture : Comment les équipes créatives travaillent par-delà les frontières africaines, Comment une petite action communautaire prend de l'ampleur, et notre rubrique Afrique & Action.

Questions fréquentes

Qu'est-ce que la ZLECAf ?

La Zone de libre-échange continentale africaine, dont les échanges ont démarré le 1er janvier 2021, et qui vise à créer un marché unique d'environ 1,3 à 1,4 milliard de personnes.

Pourquoi des communautés africaines vivent-elles de part et d'autre des frontières ?

Beaucoup de frontières ont été tracées pendant la colonisation sans tenir compte des communautés existantes, ce qui a réparti des groupes ethniques et linguistiques entre plusieurs pays.

Comment les communautés peuvent-elles coopérer par-delà les frontières ?

Grâce aux réseaux commerciaux, à la gestion des ressources partagées, aux échanges culturels, aux réseaux de jeunes, aux partenariats entre écoles et aux projets communs.