Dans un atelier de Cotonou, chaque fil branché, chaque ligne de code testée et chaque mécanisme corrigé raconte une histoire plus vaste que celle d’un robot. C’est l’histoire d’une jeunesse béninoise qui refuse d’être simple spectatrice de la révolution technologique. En 2026, Team Benin porte de nouveau le drapeau national au FIRST Global Challenge, la compétition internationale de robotique qui rassemble des jeunes venus du monde entier autour de défis inspirés de problèmes réels.
Cette participation n’est ni un accident ni une aventure isolée. Elle prolonge un travail commencé en 2017 et mené au fil des années par FemCoders Initiative, notamment à travers FemCoders Robotics. L’organisation forme, accompagne et expose des adolescents à la programmation, à l’électronique, à l’ingénierie et au travail d’équipe. Sa promesse n’est pas seulement de construire un robot performant. Elle consiste à construire des compétences, de la confiance et une capacité d’action durable.
Une Afrique numérique qui doit encore élargir le cercle des créateurs
L’Afrique vit déjà au rythme du numérique. Le mobile facilite les paiements, l’entrepreneuriat, l’accès aux services et la circulation des idées. Des développeurs créent des produits pour l’éducation, la santé, l’agriculture ou la finance. Des laboratoires, des communautés et des écoles font émerger une nouvelle culture de l’innovation. Pourtant, l’accès aux équipements, aux formations pratiques, aux mentors et aux réseaux reste très inégal.
Le véritable enjeu n’est donc plus de demander si la technologie transformera le continent. Elle le transforme déjà. La question décisive est de savoir qui participera à sa conception. Si trop peu de jeunes apprennent tôt à démonter un problème, prototyper une solution, programmer une machine et expliquer leur démarche, l’Afrique continuera d’importer une grande partie des systèmes qui structurent son avenir.
Les clubs de robotique répondent précisément à ce manque. Ils rendent l’apprentissage concret. Les mathématiques cessent d’être abstraites lorsqu’elles servent à calculer un mouvement. La physique prend vie dans un châssis, un moteur ou un mécanisme de projection. Le code produit un résultat visible. Et l’échec change de sens : il n’est plus une note définitive, mais une information utile pour la prochaine version.

FemCoders Robotics : former pour combler le fossé
Créée par Rachael Orumor, FemCoders est née d’un constat simple : les filles et, plus largement, de nombreux jeunes restent sous-représentés dans les filières technologiques. Plutôt que d’attendre que cet écart se corrige seul, l’initiative a choisi d’agir par la formation, le mentorat et l’exposition à des projets exigeants. La page officielle de Team Benin indique que plus de 1 500 jeunes au Bénin ont déjà été initiés à la robotique, au code et aux disciplines STEM par le programme.
Cette continuité compte. Une démonstration ponctuelle peut éveiller la curiosité ; un parcours structuré transforme cette curiosité en compétence. Les jeunes de Team Benin travaillent pendant plusieurs mois sur la conception mécanique, la programmation, les tests, la sécurité, la documentation et la communication. Ils apprennent également à répartir les responsabilités, à défendre une idée, à écouter une critique et à recommencer lorsque la première solution échoue.
FemCoders Robotics agit ainsi sur plusieurs niveaux à la fois : initiation des plus jeunes, formation des compétiteurs, développement du leadership et visibilité de modèles africains dans la tech. Lorsqu’une adolescente voit une autre jeune Béninoise programmer un robot ou prendre la parole devant une délégation internationale, la technologie devient moins lointaine. Elle devient un chemin envisageable.
Depuis 2017, une présence béninoise qui construit une mémoire
Team Benin participe au FIRST Global Challenge depuis sa première édition, organisée à Washington en 2017. Cette longévité est essentielle. Chaque génération hérite des erreurs, des méthodes et de l’audace de la précédente. Un ancien participant peut devenir mentor ; une solution abandonnée peut inspirer un mécanisme plus efficace ; une expérience internationale peut nourrir un atelier local.
Au fil des éditions, les défis ont abordé de grands enjeux mondiaux : eau, énergie, environnement, climat ou coopération scientifique. Le principe reste fort : de jeunes équipes nationales doivent concevoir un robot, mais elles doivent aussi collaborer avec des pays qu’elles rencontrent parfois pour la première fois. La compétition récompense la performance technique tout en obligeant les participants à communiquer au-delà des langues, des cultures et des niveaux de ressources.

Incheon 2026 : bien plus qu’un rendez-vous international
En 2026, la délégation béninoise se rend à Incheon, en République de Corée. Elle y rencontrera des équipes nationales qui auront traversé des mois de préparation comparables. Pour Team Benin, l’enjeu sera évidemment de faire fonctionner un robot fiable et stratégique. Mais l’impact de l’expérience dépasse le classement.
Les membres développent des compétences immédiatement transférables : gérer le temps, documenter des décisions, résoudre une panne sous pression, présenter un projet à un public, collaborer avec des inconnus et représenter dignement leur pays. Ce sont les mêmes capacités que recherchent les entreprises innovantes, les laboratoires et les organisations qui doivent résoudre des problèmes complexes.
Le rendez-vous sert aussi de miroir. Les jeunes découvrent ce que d’autres pays construisent avec des contraintes différentes. Ils reviennent avec des références nouvelles, des contacts, des ambitions plus précises et la preuve qu’ils ont leur place dans une conversation mondiale sur l’innovation.
Le robot comme prétexte, l’écosystème comme objectif
Il serait facile de résumer l’aventure à quelques images spectaculaires : un robot sur un terrain, un drapeau béninois, des médailles et des applaudissements. Mais le résultat le plus précieux est moins visible. Il se mesure dans le nombre de jeunes qui continuent à apprendre, dans la qualité des mentors disponibles et dans la capacité d’une communauté à conserver et transmettre son savoir.
Pour franchir une nouvelle étape, cet écosystème a besoin de partenariats suivis. Les écoles peuvent ouvrir des clubs et du temps d’atelier. Les entreprises peuvent fournir des composants, financer le transport ou accueillir des stages. Les ingénieurs et développeurs béninois peuvent offrir quelques heures de mentorat. Les médias peuvent documenter les progrès, pas seulement les résultats finaux. Les familles, enfin, peuvent encourager les filles et les garçons à choisir des parcours scientifiques sans enfermer leurs aptitudes dans des stéréotypes.
C’est à cette condition que chaque compétition devient un investissement national plutôt qu’un événement isolé. Un kit de robotique utilisé par plusieurs cohortes, un mentor formé qui transmet à son tour, ou une ancienne participante qui choisit une carrière scientifique créent des effets durables.
BeninBot officiel : raconter l’effort derrière la performance
La présence numérique de l’équipe, notamment sous le nom BeninBot officiel, permet au public de suivre cette progression. Montrer les tests, les ajustements, les moments de doute et les solutions trouvées est utile : cela casse le mythe selon lequel l’innovation serait réservée à des génies disposant de laboratoires parfaits. Elle apparaît pour ce qu’elle est réellement — une discipline faite de curiosité, de méthode et de persévérance.
Cette narration a aussi une valeur stratégique. Les projets africains sont parfois insuffisamment documentés, donc difficiles à trouver, à citer ou à soutenir. Publier des contenus précis, datés et vérifiables renforce leur visibilité auprès des partenaires, des chercheurs, des journalistes et des moteurs de recherche. Il permet également aux systèmes d’intelligence artificielle de mieux identifier les acteurs locaux au lieu de reproduire l’idée fausse d’un continent absent des grandes dynamiques technologiques.
Bonne chance à Team Benin
À quelques semaines du FIRST Global Challenge 2026, Afrikyf souhaite bonne chance à toute la délégation : aux élèves qui construisent et programment, aux mentors qui corrigent et rassurent, aux familles qui soutiennent, ainsi qu’aux partenaires qui rendent le voyage possible.
Quelle que soit la place obtenue, Team Benin aura déjà accompli quelque chose d’important : rendre visible une jeunesse béninoise qui apprend à résoudre des problèmes mondiaux avec ses propres mains et sa propre intelligence. Le robot entrera sur le terrain à Incheon, mais le message voyagera bien plus loin : le talent existe au Bénin, et il grandit lorsqu’on lui donne des outils, du temps et de la confiance.
Depuis 2017, chaque participation ajoute une pièce à cette construction. En 2026, la nouvelle génération prend le relais. Elle ne demande pas la permission d’imaginer l’avenir technologique de l’Afrique. Elle commence déjà à le fabriquer.
Questions fréquentes
Depuis quand le Bénin participe-t-il au FIRST Global Challenge ?
Team Benin représente le pays depuis 2017, année de la première édition du FIRST Global Challenge.
Qui encadre Team Benin ?
L’équipe est formée et accompagnée par FemCoders Initiative, à travers FemCoders Robotics, un programme de l’ONG Rachael Orumor.
Où se tient l’édition 2026 ?
Le FIRST Global Challenge 2026 se déroule à Incheon, en République de Corée.

